Disons que j'avais demandé à Miss Perrine, que pour notre prochaine "nouvelle voie" ce serait bien qu'on se fasse un truc genre pas ABO improtégeable comme elle a fait la dernière fois. Y'a pas marqué Bonatti sur mon casque. Y'a plein d'autocollants genre "Tchoupi va à la montagne" mais y'a pas ça.

Et c'est ainsi que le coeur léger, et empreints d'une pétillante joie de vivre à l'idée de fouler les rondeurs de Dame Hohneck, nous nous retrouvâmes sur ses flancs, échangeant des mots guillerets, tandis que nous progressions joyeusement en sautillant tels des cabris hallucinés vers le col du Falimont.

Bon en réalité: il fait moche, la neige est pourrie, mais vraiment pourrie. Ca fait un peu l'effet d'un réveil difficile le matin quand tu émerges dans une situation à laquelle tu t'attendais pas du tout. Faut que je vous raconte. Ouais non, une autre fois.

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 C'est pas grave. Tchouperrine et moi avons une nouvelle mission à accomplir. Ce genre de missions qui trouvent leur origine au chaud à la maison quand tu repères sur photo une ligne (ici une arête en l'occurrence) et que tu te dis "faut que je la fasse". Le jour où t'es sur place, tu dis pas "la neige, elle est trop moooooollllllleee". Enfin, si tu peux, mais au risque de prendre un coup de piochon dans les gencives par tes compagnons de cordée qui pensent pourtant la même chose. Donc, on a descendu le Falimont (plus beaucoup de neige par endroits) et on est partis rejoindre notre secteur, beaucoup moins guillerets que 20 minutes auparavant. Je pense même que ça a été une de mes pires neiges au Hohneck, genre soupe dans laquelle on s'enfonce au moins jusqu'aux genoux et que t'es obligé de poser tes piolets pour récupérer et soulever ton genou avec tes 2 mains, ou qu'à force de grimper 30cm et glisser en arrière 40, tu te demandes si ton compagnon de cordée va pas te traiter de "gros cul" dans la minute qui suit. Elle a rien dit. Ca veut pas dire qu'elle l'a pas pensé. Bon, bref, on est arrivés au pied de l'arête:

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Tchouperrine fait de la prospection sur une arête voisine:

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Elle revient, et dès qu'elle se trouve à proximité, j'essaie de lui en mettre plein la vue pour me rattraper de l'impression de gros cul que je lui ai probablement laissée, et lâche d'un ton viril, laconique et qui ne souffre aucune discussion "Prépare toi, j'pars en tête". Elle me détruit aussi sec: "Pourquoi? Faut s'encorder là?". Je m'étouffe illico avec le tabac à chiquer que j'avais sorti juste pour renforcer mon côté Petit Ours Brun du Hohneck. Et je pars la corde entre les jambes sans mot dire:

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Je parviens à un arbuste idéal pour me reposer et sors une sangle. Va falloir que je fasse un relais pour faire monter Tchouperrine. Le temps de faire mon cabestan, elle est juste derrière, mais vraiment juste derrière. J'ai envie d'exploser de rire, merde c'est juste vexant quoi! Petit Ours Brun reprend son ascension  avec Tchouperrine dans son sillage. Nous prenons rapidement pied sur l'arête:

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 L'arête est facile à remonter. Sur notre gauche, un secteur attire notre attention, mais il est très corniché. On hésite et on renonce à aller le rejoindre. Une autre corniche nous barre notre progression, nous sommes donc quelques mètres sous le sentier. Celle-ci -étonnamment en neige dure!- est rapidement franchie après 2-3 pas de danse sur la musique de "oh oh tiens voilà quelqu'un, Petit Ours Brun! Il doit se cailler les miches, Petit Ours Brun! Mais il franchit la corniche, Petit Ours Brun! -etc etc):

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Bon, j'vous laisse, j'suis très fatigué et j'ai envie d'un bon bol de chocolat chaud en pyjama devant la télé. On reviendra pour de nouvelles aventures les enfants, c'est promis!