Voilà près de 8 mois que je n'avais pas donné signe de vie sur ce blog. A vrai dire, je pensais même le cloturer. Passer à autre chose après 6 ans de comptes rendus... 

Et puis vinrent le mois de Novembre et de belles chutes de neige sur le massif. La joie que je ressens lorsqu'il s'agit de rechausser mes crampons se doit d'être partagée, en tout cas, j'en ai envie, pour une saison de plus. Nombreux sont les vosginistes qui s'interrogent quant aux conditions de neige qu'on trouve "sur les Hauts", je me ferai un plaisir de vous les donner à chaque sortie, et ce jusqu'à la dernière de l'hiver, puis le blog retournera en état de veille... jusqu'à l'hiver suivant?

Je vous ai déjà dit pourquoi je me suis mis à l'alpi? Jamais. Tout a commencé à mes 20 ans, devant la glace, lorsqu'un matin à 14h, le cerveau embrumé d'avoir trop révisé pendant la nuit, je me rendis compte que mes tempes se dégageaient. L'hérédité, c'est bien, mais la calvitie à 20 ans, faut pas pousser Mémé dans les tofailles.Du coup, j'ai décidé de partir étudier à Strasbourg, ville où on met un bonnet 10 mois sur 12, et de me mettre à la grimpe, puisqu'après tout faut mettre un casque. Bon, j'aurais pu faire du vélo, mais très honnêtement je préfère courir 42 bornes sur du bitume que de rouler 100 mètres assis sur une selle. D'ailleurs, y'a même un proverbe serbo-croate (j'vous l'jure) qui affirme: "Un homme chauve est fier de son bonnet, un fou de sa force"

(oui alors, comme vous voyez, je vais raconter beaucoup de conneries, vous vous démerdez pour lire en diagonale et trouver les conditions de neige)

Et donc, avec le temps, à chaque fois (trémolos dans la voix) que l'hiver faisait revêtir aux Crêtes son blanc manteau immaculé, je récupérais mes piolets dans la buanderie (oui, j'ai une buanderie, ça pose problème?), retrouvais la joie de vivre et à cette occasion, mes compagnons de cordée, immanquablement me sortaient le même jeu de mots de merde ""il neige, le chauve sourit, hein?". Avouez que c'est nul, mais c'est mes potes, et je les aime.

Et donc, aujourd'hui, je retrouvai mon amie Perrine pour la première sortie de l'hiver. Les vosginistes comprendront, mais y'a de l'émotion dans cette sortie, la première de l'hiver, mi-Novembre qui plus est. Y'a quelque chose de mystique, une joie trop longtemps contenue, endormie sans être éteinte...

Nous descendons le Falimont. La neige est étonnamment bonne à cramponner. Le talon s'enfonce bien, ça ne botte pas, les quantités de neige sont importantes par endroits, à d'autres endroits (à mi-pente notamment), l'épaisseur est quasi-inexistante, laissant apparaître des pierres qui pourraient ruiner la semelle d'un ski.

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 Arrivés au pied du Falimont, nous longeons la base des couloirs du Haut de Falimont. La neige, plutôt lourde, porte peu et on s'enfonce régulièrement jusqu'aux genoux entre les rochers, rendant la progression malcommode. On note à la base du 3ème couloir ("couloir des Débiles") les restes d'une avalanche de taille moyenne. Méfiance. Nous poursuivons cependant jusqu'à une arête à proximité de la Martins. L'enneigement est alors plutôt faible et l'ambiance minérale est assez austère, on se croirait réellement au Ben Nevis.

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 Nous prenons rapidement pied sur l'arête pour laquelle nous sommes venus. Certains ressauts sont assez délicats, la neige n'est pas compacte et s'effondre régulièrement lorsqu'on prend appui dessus. Perrine réajuste sa coupe de cheveux, et moi par pure jalousie, je pense à Coluche qui disait: " Les femmes seront les égales des hommes le jour où elles accepteront d'être chauves et de trouver ça distingué". Mais bon, comme elle met 10 secondes à franchir le ressaut que j'avais passé en 2 minutes, je zappe Coluche.

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 La fin de l'arête est plus délicate, mais c'est un régal d'évoluer dans une telle ambiance, sans un bruit jusqu'au sommet:

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 Les heures défilent et le crâne du chauve étant proche de Dieu (c'est un proverbe algérien, j'vous jure vous pouvez vérifier), nous décidons de repartir pour une seconde arête dans le secteur des "Débiles" (j'aime beaucoup cette dénomination: "ah oui tiens, t'as été grimper où?" "Dans le secteur des Débiles"). Perrine passant sa vie à grimper, et moi à courir, les heures défilent mais ne nous fatiguent pas, y'a quand même du bon à s'entraîner:

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 La seconde arête est un peu plus simple, et parvenue au relais, Perrine me dit un truc au loin incompréhensible: "...chauve...sourit". Bon, oui, d'accord, je suis heureux au Hohneck, mais faut arrêter avec la calvitie maintenant. Arrivé près d'elle, elle me montre l'animal, mort de froid...

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Bon, alors, je vais pas vous raconter ma vie, mais j'adore les animaux, je suis même devenu végétarien tellement je les aime (oui je suis gnangnan je sais), tout ça pour vous dire que ça m'a fait vachement de peine de voir cet animal probablement mort de froid dans une tempête (ou mort de trouille en nous voyant arriver, qui sait?), du coup on a baptisé cette nouvelle arête "L'arête de la chauve-souris" (vous plaignez pas, j'avais d'abord pensé à "Batman's dead").

Pour le franchissement de corniche final (oui, y'a des corniches déjà, et Ulysse est bien fournie) (si vous savez pas ce qu'est Ulysse, je répète plus, y'en a marre de ceux qui suivent pas au fond), avec Perrine on l'a effectué en, allez 10 secondes chacun (j'rigole, on en a grave bavé, Perrine criait "c'est pas d'la neige, c'est d'la farine!"):

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 Voilà pour finir, je vais vous raconter la blague la plus nulle du monde. "Vous savez ce que c'est une chauve-souris avec une perruque?"

"Une souris" . Allez, bon hiver à tous.