Vosginisme & Randonnée

03 décembre 2017

La fabuleuse ascension hivernale de la North Face of Sérichoomp

Premier billet de cet hiver 2017/2018 suite à notre première sortie avec Perrine. On a placé la barre très haut niveau connerie. Très très haut.

Quand j'étais gamin, je me souviens de nuits entières, où caché sous ma couette, avec une lampe torche que je scotchais sur mon front pour en faire une frontale et je lisais alors les récits de Messner, Kammerlander, Bonatti, tous ces grands alpinistes qui avaient réalisé de magnifiques ascensions hivernales sur les plus beaux et hauts sommets du monde.

Mais aucun de ces clowns n'avait fait Sérichamp en hiver. Tu m'étonnes Elton.

Bon, trêve de conneries, Sérichamp, c'est certes un sommet mais surtout une chaume. Un chaumet si vous préférez.Y'a rien à faire là-haut. Du point de vue alpin je veux dire. En été, si je devais résumer Sérichamp avec une image, ce serait une glacière bleue Campingaz. En hiver, une paire de skis de fond. Vous pouvez prendre des vieilles lattes pourries, c'est plat en haut et pour descendre c'est tout plat aussi. Y'a 2/3 montées aussi dans le secteur, mais elles sont plates comme un oeuf (au plat).

Et aujourd'hui, avec Perrine, nous étions à 9h sur un parking à proximité du Valtin pour affronter la Bête. Baudriers, piolets, ARVA, pelle, râteau, seau, sonde, broches, machard, crampons, 50m de corde, bref aussi achalandés que la quincaillerie de la Vologne à Gérardmer.

C'était joli comme cadre en fait:

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La tête enfoncée dans mon bonnet AC/DC qu'un élève m'a offert l'an dernier (merci Louis!), j'entends un grondement manifestement issu des pentes Nord. Un grondement bref, lourd, rauque. Je m'arrête. Probablement une avalanche. Putain, une avalanche quoi. Je regarde au loin, le regard ténébreux en essayant de dire un truc mystérieux et intelligent à la fois. Perrine me regarde un peu gênée et me demande "Quelque chose ne va pas?" Je lui réponds le ton grave, et du coup sans utiliser un foutu verbe pour dramatiser davantage encore "Ce bruit...au loin... une avalanche...prudence..." avec la même austérité qu'un fichu sorcier vaudou. Elle me répond, quelque peu surprise par la tension qui se lisait sur mon visage, que c'était son ventre qui gargouillait. Meeeerde, la hooonnntteee. J'essaie de rester digne et balance un bobard pour commencer "Naaan Perrine, y'avait autre chose c'est sûr" suivi d'un "allez viens on se casse c'est peut-être dangereux ici".

Bon bref, on a avancé, et on s'est raconté nos vies. Et on répétait surtout tous les 10 mètres qu'on était bien contents d'avoir laissé les raquettes dans le coffre de la voiture parce qu'il n'y a pas tant de neige que ça. "On a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, non?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, il n'y a pas tant de neige que ça". 2 minutes plus tard: "Bordel, il est lourd mon sac, t'imagines si on avait pris nos raquettes?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre" etc etc...

Et à un moment ça a commencé à merder. Perrine m'a demandé où il était ce maudit couloir du Fond de Xéfosse que j'avais repéré cet été et pour lequel elle avait fait 1h de route et là 1h30 de marche. Vu que l'enneigement était déjà plus important, j'ai pensé lui répondre qu'avec les raquettes on aurait peut-être avancé plus vite, mais j'ai préféré fermer ma gueule en définitive. J'ai indiqué avec mon bras une direction avec une approximation que l'on peut estimer à 120°. Sauf que ça commençait à être raide, avec un pierrier en dessous et des branches qui s'accrochent aux sangles d'un sac à dos bien lourd (aïe! ouille!merde! f'chier!"). J'ai balancé tous les jurons que le capitaine Haddock m'avait appris en 15'.

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Et la pente, déjà verticale, se redressait encore (pour atteindre un modeste 35° à la noix). Non, en fait j'en sais rien, mais y'avait un passage à franchir. Alors, j'ai voulu le franchir, mais je n'y arrivais pas, ça glissait à mort. Sous la neige, une dalle bien lisse. Rien pour mettre mes mains. Bon, c'était pas expo, à un moment, faut s'élancer et zzzipppp je glisse. J'ai une branche super confortable qui retient miraculeusement mon pied. Nickkeeelll!! Perrine me dit: "C'est bon, je peux enlever ma main de sous ton pied?" Ah ben, je t'en prie, fais! J'explique à Perrine que je vais faire un détour, parce que se prendre une boîte à Sérichamp alors que j'ai dans mon sac à dos ma corde, mes crampons, mon piolet et tout le bordel, c'est juste la honte d'une vie. Je lui dis "T'imagines les gros titres demain: 2 alpinistes bloqués à Sérichamp". Nan, nan, j'assume pas ça moi. Bref petit détour pour moi. Du coin de l'oeil je regarde Perrine qui franchit le passage en 12 secondes grand max montre en main. Du coup, on poursuit notre ascension, Perrine devant dans un pierrier enneigé et moi dans un couloir où je n'ai cessé de râler parce que j'avais beau avoir toute une quicaillerie dans le sac, j'aurais surtout eu besoin de palmes, d'un masque et d'un tuba tellement je brassais:

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A bout de souffle, nous parvenons au pied d'un imposant rocher de 10 mètres. Bon, ben y'avait des pentes débonnaires à gauche, à droite, mais Perrine a voulu aller toucher du rocher. J'ai commencé à vouloir dire un truc, mais elle m'a regardé sévèrement index levé, alors j'ai rien dit, avant de prononcer 2 secondes plus tard "Mais quelle bonne idée Perrine!!" avec un air de faux-cul magistral:

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Bon, comme on était en bas, il a fallu aller en haut, c'est le principe de l'alpinisme. Perrine, elle grimpe toujours en mode cool, limite hippie. Je lui demande pourquoi elle prend qu'un piolet, elle me répond avec sa candeur habituelle "Pourquoi? il en faut 2?" . A un moment, elle (j'le jure) a même dit "C'est raide quand même". Ah bon, sans déconner?

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Et donc, du coup, banco, on est arrivés à proximité du col du Sifflet. Petite balade en mode repérage de rochers et là, comment dire, ça fait des heures que je me les caille, que j'ai l'onglée aux mains, aux pieds, aux dents, aux coudes, à tout ce que tu veux (-13°C ce matin pour info) et je lui propose qu'on rentre après cette fabuleuse ascension de la North Face of Sérichoomp. Du coup, au col, on repère le couloir hyper blindé de neige que je cherchais. Délicat d'y accéder sur les premiers mètres, Perrine m'indique un becquet où m'accrocher. Il a l'air solide, je descends, becquet bien empoigné, lequel s'arrache sans prévenir et je me l'envoie tout seul direct dans la tronche et glisse sur le haut du couloir (le boulet, j'te jure...). Une branche super confortable me retient miraculeusement le sac à dos jusqu'à ce que Perrine me dise "C'est bon, je peux enlever ma main de ton sac à dos?". Grand moment de solitude. "Oh mais tu saignes, zut" ajoute-t-elle. Comme la douleur est anesthésiée par les -350° (en terme de ressenti), le premier truc qui me vient à l'esprit (véridique) "cool, ça plaît aux femmes les cicatrices". Irrécupérable. Comme j'étais déjà sur le cul et que le couloir était blindé, on a lugé sur le derrière emportant toute la neige avec nous sur au moins 100m, Perrine m'a même dit qu'elle emmènerait bien ses gosses faire de la luge ici. Ah mais voilà une riche idée, prochaine fois on emmène les gosses alors!

 

 

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16 juillet 2017

La magie de l'alpinisme expliquée aux enfants ou le récit d'une ascension de la Pointe de Mourti

Lorsque je suis rentré hier soir d'un court séjour dans le Valais, après avoir réalisé avec Perrine l'ascension de la Pointe de Mourti (3563m), mes enfants m'ont demandé pourquoi je pratiquais l'alpinisme. Hésitant entre une réponse complète en 2 heures dont ils n'avaient rien à cirer et sa version abrégée de 3 secondes, j'optai pour cette dernière : "Ben, j'aime ce sport, voilà tout"... Ma fille me répondit alors "C'est un peu comme une partie de tennis alors?" . "Voilà, c'est ça les enfants, aujourd'hui c'était un peu comme une partie de tennis, mais avec quelques différences notoires que je vais vous expliquer".

La première différence, c'est que tu n'as pas d'adversaires. Ou alors, ton adversaire c'est toi-même, il faut juste maîtriser ses peurs parfois. C'est loin d'être toujours agréable, mais toujours bénéfique. Par contre, tu es rarement seul. Là par exemple, je suis parti grimper avec Perrine. Perrine, tu la connais, c'est la seule fille capable de regarder ton pantalon d'alpi et de dire "on dirait un pyjama" ou de regarder une Face Nord longuement, tel un curé scrutant son calice,  avant d'affirmer d'un ton sec et solennel:  "A mon avis, elle pue du cul cette face Nord". Bref, c'est Perrine:

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La deuxième différence, c'est que tu es obligé de te lever très tôt, très très tôt si tu veux profiter d'un glacier en bonnes conditions, surtout au retour. Donc, tu te lèves à 3h. Ca tombe bien, parce que toute l'année on se lève tôt, autant bien enfoncer le clou pendant les vacances quoi. En plus, c'est génial parce que généralement dans ces cas, dans la tente tu cailles, tu somnoles à peine, et tu te lèves déjà crevé. On est finalement partis à 4h, et passés au refuge à 5h30... A peine quelques lumières allumées, ça dormait encore dans les dortoirs semblait-il, alors on s'est posés 10' sur la terrasse le temps de grignoter un morceau, de regarder le panorama sans mot dire, et on est repartis pour s'approcher des sommets:

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Ensuite, on a continué à marcher pendant une heure et on a rejoint le glacier. Il faisait froid. Tu vois, l'alpi c'est comme une partie de tennis, mais tu la joues dans le froid. Et puis pendant que tu t'équipes, en plein 15 juillet, tu te chopes une bonne onglée genre qui fait bien mal. Bref, c'est comme une partie de tennis, mais il fait froid et c'est parfois douloureux de se saisir de la raquette quand tu commences la partie:

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Après l'autre différence, c'est que le glacier, c'est comme un court de tennis, mais avec des gros trous très profonds qui peuvent t'avaler si tu es imprudent. Il faut donc s'encorder. Tu mets un casque aussi, parce qu'au retour du sommet, il arrive que des spectateurs envoient plein de cailloux depuis les tribunes:

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Ensuite, il arrive que tu doives grimper, c'est quand même un peu le but. La règle du jeu en alpinisme c'est "tu montes en haut, et tu redescends en bas surtout". "Tu préfères pas rester en bas peinard, Papa?" Si, ça m'arrive souvent, et je m'en veux toujours. "Ah?". Par contre, là aussi, il faut savoir rester très humble, tu choisis pas un itinéraire pour te mettre au taquet, faut pas faire de fautes. Au tennis, la balle elle est dehors, bon ben elle est dehors, point suivant et on n'en parle plus. En alpi, faut pas faire d'erreurs, parce que tu peux très bien te retrouver 100, 200, 500m plus bas. Donc tu avances lentement, tu fais gaffe à chacun de tes gestes de grimpe, à ta corde et à ton compagnon pour arriver au sommet:

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"Et après?" Et bien, après tu traînes pas trop non plus et tu redescends. Des fois même, tu quittes à peine le glacier en estimant qu'il commence à être bien traître à cet horaire - alors qu'il est à peine 11h30 - et tu croises des cordées qui en sont à peine à l'aller. Mais en alpinisme, chacun est libre, même de s'entêter dans l'erreur, il faut pourtant rester lucide et mettre l'ego de côté. Auquel cas, tu peux sereinement contempler des paysages merveilleux, dont tu rêves habituellement depuis la maison:

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"Et tu préfères pas jouer au tennis?" Non, je préfère pas jouer au tennis les enfants,et je vous emmènerai bientôt en haut si ça vous dit. Mais demain, on pourra se faire une bonne partie de pétanque avec votre Papy Marseillais parce que là j'ai les pieds en compote, vous comprenez?

 

 

 

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28 juin 2017

Les tiques, bientôt "espèce protégée" dans les Vosges?

Viviane Demange ne décolère pas. Députée "En Marche" de la Haute-Saône (anciennement FN puis PS), et Directrice de l'Office du Tourisme du Val d'Ajol, cette fringante sexagénaire se souvient avec effroi de la scène à laquelle elle a assisté : "C'était une famille de connards, ça se voyait à leur tronche dès le départ. Leur gamin avait été mordu par une tique, et le père l'a retirée avant de la brûler avec son briquet. Une belle ordure ce gars".

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 Végane convaincue et militante L214, Viviane se bat pour faire reconnaître à cette espèce "une sensibilité similaire à celle de l'espèce humaine, du chien ou du chou romanesco". Lorsqu'on l'interroge sur ses intentions, son discours est on ne peut plus clair: "Nous avons réussi à imposer l'omerta avec le concours du Parc des Ballons et les différents Conseils Généraux concernés, afin que seule subsiste la loi du silence à des fins touristiques sur le massif des Vosges, et bien sûr, pour laisser prospérer la tique, qui demeure une espèce d'arachnides acariens très affectifs, laquelle aime particulièrement se blottir contre la peau humaine. Quoi de plus câlin?".

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"Mon but est de faire bénéficier la tique d'un statut de protection légale dans le cadre d'une nécessité de préservation du patrimoine biologique et les Vosges pourront être le pionnier massif de cette expérimentation statutaire". Lorsqu'on l'interroge sur la pandémie actuelle de la maladie de Lyme, Viviane Demange ricane séchement et rétorque: "Les patients sont avant tout des malades psychiatriques. Qu'ils prennent rendez-vous auprès du nouveau cabinet du CHRU de Nancy, ils seront reçus seulement 8 mois plus tard, on le leur expliquera."

Dont acte.

Photos libres de droit.

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25 mai 2017

Vosges: la Grande Foire Aux Tiques 2017 a commencé!

"Poussez pas, y'en aura pour tout le monde!"

C'est un véritable phénomène de mode qui s'installe actuellement sur le massif des Vosges, et qui est en passe de détrôner le fameux "handspinner"  en termes de popularité. Petit rappel sur cette borréliose, ou maladie de Lyme, que tout le monde s'arrache des 2 côtés du Rhin.

Photo Lyme

Photos wikimedia et pixabay libres de droit

La France semblait pourtant se désintéresser de la maladie de Lyme (27000 cas évoqués par an pour une maladie non encore reconnue), alors que chez ses voisins allemands, la fête battait son plein pour en faciliter le diagnostic et la prise en charge des patients (300 000 cas / an pour un total d'un à deux millions de malades). Bien sûr, l'invasion des tiques avait été plutôt bien contenue par la frontière. Sacrée frontière qui nous épargne bien des scandales sanitaires au demeurant! Dans les Vosges, on ne cache même plus sa fierté d'être malade!

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(ça ferait un bel autocollant sur toutes les voitures des malades de Lyme, ça non?)

C'est tout naturellement que les habitants français veulent également leur part du gâteau dorénavant, le succès grandissant à vitesse exponentielle. Et l'amitié franco-allemande n'étant plus à prouver, les patients français affluent par milliers vers les médecins germaniques pour célébrer avec leurs frères d'Outre-Rhin "La grande Fête Estivale de Lyme" ("Die groBe Lyme Krankheit Sommerparty").

Pour illustrer le propos, et à titre de comparaison, on ne peut être qu'attendri, voire admiratif, du silence des offices du tourisme dans le massif des Vosges (vosges.tourisme.fr par exemple) et du Parc des Ballons qui, sur leurs magnifiques sites web flambants neufs, ont décidé de ne pas couvrir le sujet par respect pour l'habitant et le touriste:

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Viviane Petitdemange, conseillère marketing et chargée de communication du déni sanitaire du département, témoigne:  "Nous avons décidé de prendre nos responsabilités dans les Vosges, c'est un geste fort à l'attention de nos amis Allemands, pour qui les parts de marché françaises en termes de soin, sont très importantes. La maladie de Lyme n'existe pas ici. Ceux qui affirment l'avoir contractée sont donc fous" affirme-t-elle en riant à gorge déployée.

 Les Allemands, quant à eux, privilégient l'information, ne serait-ce que sur le site officiel du Tourisme en Forêt-Noire où le problème est évoqué, des recommandations données et des liens partagés pour en savoir davantage.

1 article intéressant: http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20160713.OBS4613/maladie-de-lyme-ces-francais-qui-vont-se-faire-soigner-en-allemagne.html et1 vidéo: http://info.arte.tv/fr/maladie-de-lyme-crise-francaise-solution-allemande

Bonnes balades à vous!

 

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20 février 2017

Le couloir de derrière la touffe du Forlet et autres hallucinations d'origines opiacées

Je n'ai pas souvenir d'avoir eu une si belle journée d'alpinisme cet hiver. Non pas que je regrette les quelques sessions passées au Hohneck (un peu) et ailleurs (beaucoup), mais quand je serai vieux, une assiette de socca dans la main, accompagnée d'un Limoncello, et confortablement installé sur la terrasse de mon appartement en bordure de mer à Menton, je ne garderai pas un souvenir absolument impérissable de l'hiver 2016/2017 à grimper soit dans une neige infâme, soit par des températures avoisinant les -730°C en termes de ressenti. 

Mais aujourd'hui, il allait faire beau.Et on allait, avec mes compagnons de cordée du jour, découvrir un nouveau site: le cirque du Forlet, avec pour ambition de grimper tout ce qu'on pouvait grimper. Petit récapitulatif des vosginistes du jour:

- Didier est nancéien, mais c'est bien là son seul défaut. Grimpeur invétéré, c'est un rocker dans l'âme et rien que pour ça, j'adore grimper avec lui. S'il pouvait grimper en perfecto, il le ferait. Du point de vue du matériel, il n'emporte que ses 2 piolets et sa bouteille de rosé. Le reste est superflu.

Franck est professeur de SVT. Il ne grimpe pas pour progresser du point de vue technique, ni par amour pour l'élévation physique et spirituelle de l'âme, mais parce que c'est un drogué aux endomorphines. Il aime avant tout tomber, retenu par la corde. Il vous dévoilera alors son plus beau sourire, accompagné d'un "je ressens les endomorphines, c'est génial". Le reste est superflu.

- Perrine est mon amie et partenaire de cordée. Elle s'extasie devant tout, la beauté d'un site, le reflet d'un sapin dans un lac, le premier papillon du printemps, mais surtout la raideur et la difficulté d'une voie. Si j'ai bien suivi, elle grimpe 21 fois par semaine, entraînement tri-quotidien donc. Le reste est superflu.

Krampus, ça c'est moi, je ne saurais pas quoi vous dire. Ah si, j'adore courir, et j'aime beaucoup le capitaine Haddock.

haddock 

Bon, je vais vous raconter notre journée donc. Nous avions rendez-vous avec mes amis au col du Wettstein. Impossible de s'y retrouver, et pourtant c'est pas bien grand. Didier, qui avait déjà troqué sa tenue blouson noir, santiags et cran d'arrêt pour une tenue d'alpiniste m'envoie ce SMS "On est près du cimetière". Ce dont je me doutais bien, puisqu'on allait grimper. Je lui répondis donc "Oui c'est la vie". 5 minutes passent, et je comprends que son SMS n'est pas une allégorie de notre journée, mais un renseignement quant à son positionnement géographique. Nous nous retrouvons donc tous les 4, et à cet instant Franck, toujours armé de sa rigueur scientifique me fait comprendre que, eu égard aux conditions d'enneigement actuelles, il eût été préférable de nous rapprocher du lac en voiture tant que nous pouvions. Armé pour ma part de ma mauvaise foi habituelle (et secrètement désireux de marcher), je leur évoque les dangers d'une route peut-être verglacée et des beaux points de vue qu'offrirait la marche d'approche que je leur propose. Je pense pouvoir toucher la corde sensible de Perrine, mais elle non plus n'en a rien à foutre. "La majorité l'emporte" dois-je reconnaître en m'effondrant en larmes au sol (non, ça c'est pas vrai, j'ai caché mes pleurs et suis resté debout, toujours la banane, toujours vivant, rassurez-vous).

Et, donc, nous sommes arrivés au lac, assez rapidement je dois en convenir, et ce fut plaisant. Mais à titre personnel, afin d'exprimer une ultime fois cette mauvaise foi qui m'anime, ces routes qui mènent aux lacs et aux sommets, je vous les ferais bien péter moi. Et toc. Mais bon, à ce moment de la journée nous étions donc plein d'énergie et les promesses (promesses de belles ascensions pour Didier, promesses d'endomorphines pour Franck, de panoramas merveilleux pour Perrine et de grosses emmerdes à venir pour moi) se dévoilaient devant nous sous la forme d'un très joli cirque glaciaire:

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 Comme vous pouvez le constater, l'enneigement n'est pas folichon folichon. On a connu y'a pas si longtemps des mois de Juin plus enneigés dans le massif. Bref. Devant ce panorama, nous nous arrêtons quelques minutes et je demande à mon collègue de SVT quelques explications quant au retrait des glaciers dans les Vosges. Il me répond gentiment qu'il a pas que ça à foutre et qu'il est en congé. Putain, ces profs, je vous jure. Nous rencontrons alors Pierre-Marie David et son épouse avec qui nous avions prévu de nous retrouver ici. Eux allaient se balader par la suite. PMD nous renseigne par rapport à la toponymie des couloirs que nous allons remonter. Discuter avec lui est un vrai plaisir tant ses informations sont une mine d'or pour qui s'intéresse au massif. Nous nous quittons rapidement cependant, le soleil tape fort et nous avons du boulot. Didier et Franck feront cordée ensemble dans un premier couloir terminé par une arête, et nous nous retrouverons en haut:

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Photo Pierre-Marie David

Nous partons avec Perrine dans un couloir voisin. Du pied des voies, la raideur de la pente est trompeuse. La déclivité est faible et n'excède pas 30-35° sur une majeure partie de la voie, et alors que la fin paraissait simple, elle propose une sortie dans du 50-55° sur quelques mètres.  Heureusement, la neige est dure, facilitant ainsi l'arrivée au sommet. Personnellement, je jubile sur ce type de terrain, à tel point que je fais chier pendant 5 minutes Perrine pour une séance photos de sortie de voie:

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 Nous apercevons à quelques dizaines de mètres Didier et Franck. Les voir évoluer sur cette arête est de toute beauté. Didier grimpe en tête en chantant comme un dératé "Arête sommitale, tu perds ton sang-froid, des années de sévice!". Franck le rejoint quelques minutes plus tard. Perrine le regarde à mes côtés et me dit: "Là, Franck, il doit être heureux":

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Je demande à Franck parvenu au sommet ce qu'il pense de l'arête qu'il a remontée, et il me répond: "Les endorphines, ou endomorphines, sont libérées par le cerveau, et plus précisément par l'hypothalamus et l'hypophyse dans les situations de stress, qu'il soit psychologique ou physique, mais de façon plus significative pendant et après la pratique du sport. Cette morphine endogène (produite par l'organisme) possède une structure moléculaire proche de celle des opiacées. Elle est l'hormone du bonheur" Bon ben d'accord alors, on va faire comme ça. Par la suite, il ne sera plus possible de parler à Franck sans se taper un cours de médecine, même quand je lui ai demandé l'heure.

Nos 2 cordées rejoignent le couloir Reif assez rapidement, et dans lequel nous descendons après un court rappel, jusqu'à mi-pente afin de trouver THE PLACE TO BE pour le déjeuner. Perrine, sort de son sac à dos 4L un sandwich plus gros qu'une voiture, Didier une bouteille de rosé de Bandol, Franck -passé végétarien lui aussi- ouvre sa boîte d'houmous littéralement avec une pointe de ses crampons encore aux pieds. Ah non, mais il est perché très très haut là le Franck. Après cette pause, Didier aperçoit un couloir qu'il veut remonter avec Franck. Je ne le vois pas. Il m'explique: "Là, derrière la touffe, on devine un couloir". Complètement hébété et probablement l'air ahuri, je me demande à ce moment précis si je suis pas en train de grimper avec une bande de drogués.

Perrine et moi partons de notre côté prospecter au pied des barres rocheuses jusqu'au Taubenklangfelsen, le "rocher du cri du pigeon". Las Vegas Parano, les amis. La neige commence a être de plus en plus rare au fil de notre avancée vers le Nord et nous souhaitons remonter avec Perrine un couloir exposé Nord sous le rocher sus-cité, à l'enneigement acceptable donc. L'accès au couloir est vraiment laborieux par ces conditions, et Perrine n'était probablement plus loin de m'appeler "Archibald Haddock" tant mon vocabulaire de jurons semblait sans limite. Mais. Parce qu'il y a un "mais". Quand nous sommes arrivés dans ce couloir, à la neige tout à fait correcte, c'était une autre histoire, et je pensais alors au cours magistral de 55 minutes que m'avait sorti Franck à la sortie de son arête:

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 Le couloir est court, mais le plaisir de la neige, conjugué à une pente de sortie avoisinant les 50° est irremplaçable. Nous croisons quelques randonneurs qui pensent être victimes d'hallucinations, mais nous les rassurons en affirmant que les toxicomanes ici, c'est nous, ok? Les voilà rassurés. Pas le temps de patienter que Didier, hurlant à tue-tête "Highway to Vosges" et Franck, aussi radieux que Gilbert Montagné revenu pour un rappel devant une foule en délire, viennent à notre rencontre. Très synchro cette sortie, y'a pas à dire. Nous leur parlons du joli couloir. Ils y effectuent un rappel et le remontent. Installés au soleil, Perrine et moi faisons sécher nos crampons, la corde, partons acheter un cornet de pop-corns XL une paire de lunettes 3D et c'est parti:

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 Une fois la séance de "Vertical Limit" terminée, la fin de journée approchant, et Franck n'étant plus en mesure d'adopter un comportement rationnel, nous partîmes le coeur léger via Soultzeren Eck pour une descente classique au lac des Truites avant de rejoindre nos véhicules:

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Et si Franck avait bien quelques méconnaissables denrées alimentaires en poche en guise d'apéro et qui semblaient dater d'une époque où les Humains chassaient le mammouth et arboraient un os en travers du nez, c'est bien vers les bières millésimées de Didier que nous nous sommes tournés pour conclure cette journée radieuse. Mens sana in corpore sano, pour sûr.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 janvier 2017

Tchouperrine et Petit Ours Brun font un bonhomme de neige au Hohneck

Disons que j'avais demandé à Miss Perrine, que pour notre prochaine "nouvelle voie" ce serait bien qu'on se fasse un truc genre pas ABO improtégeable comme elle a fait la dernière fois. Y'a pas marqué Bonatti sur mon casque. Y'a plein d'autocollants genre "Tchoupi va à la montagne" mais y'a pas ça.

Et c'est ainsi que le coeur léger, et empreints d'une pétillante joie de vivre à l'idée de fouler les rondeurs de Dame Hohneck, nous nous retrouvâmes sur ses flancs, échangeant des mots guillerets, tandis que nous progressions joyeusement en sautillant tels des cabris hallucinés vers le col du Falimont.

Bon en réalité: il fait moche, la neige est pourrie, mais vraiment pourrie. Ca fait un peu l'effet d'un réveil difficile le matin quand tu émerges dans une situation à laquelle tu t'attendais pas du tout. Faut que je vous raconte. Ouais non, une autre fois.

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 C'est pas grave. Tchouperrine et moi avons une nouvelle mission à accomplir. Ce genre de missions qui trouvent leur origine au chaud à la maison quand tu repères sur photo une ligne (ici une arête en l'occurrence) et que tu te dis "faut que je la fasse". Le jour où t'es sur place, tu dis pas "la neige, elle est trop moooooollllllleee". Enfin, si tu peux, mais au risque de prendre un coup de piochon dans les gencives par tes compagnons de cordée qui pensent pourtant la même chose. Donc, on a descendu le Falimont (plus beaucoup de neige par endroits) et on est partis rejoindre notre secteur, beaucoup moins guillerets que 20 minutes auparavant. Je pense même que ça a été une de mes pires neiges au Hohneck, genre soupe dans laquelle on s'enfonce au moins jusqu'aux genoux et que t'es obligé de poser tes piolets pour récupérer et soulever ton genou avec tes 2 mains, ou qu'à force de grimper 30cm et glisser en arrière 40, tu te demandes si ton compagnon de cordée va pas te traiter de "gros cul" dans la minute qui suit. Elle a rien dit. Ca veut pas dire qu'elle l'a pas pensé. Bon, bref, on est arrivés au pied de l'arête:

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Tchouperrine fait de la prospection sur une arête voisine:

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Elle revient, et dès qu'elle se trouve à proximité, j'essaie de lui en mettre plein la vue pour me rattraper de l'impression de gros cul que je lui ai probablement laissée, et lâche d'un ton viril, laconique et qui ne souffre aucune discussion "Prépare toi, j'pars en tête". Elle me détruit aussi sec: "Pourquoi? Faut s'encorder là?". Je m'étouffe illico avec le tabac à chiquer que j'avais sorti juste pour renforcer mon côté Petit Ours Brun du Hohneck. Et je pars la corde entre les jambes sans mot dire:

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Je parviens à un arbuste idéal pour me reposer et sors une sangle. Va falloir que je fasse un relais pour faire monter Tchouperrine. Le temps de faire mon cabestan, elle est juste derrière, mais vraiment juste derrière. J'ai envie d'exploser de rire, merde c'est juste vexant quoi! Petit Ours Brun reprend son ascension  avec Tchouperrine dans son sillage. Nous prenons rapidement pied sur l'arête:

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 L'arête est facile à remonter. Sur notre gauche, un secteur attire notre attention, mais il est très corniché. On hésite et on renonce à aller le rejoindre. Une autre corniche nous barre notre progression, nous sommes donc quelques mètres sous le sentier. Celle-ci -étonnamment en neige dure!- est rapidement franchie après 2-3 pas de danse sur la musique de "oh oh tiens voilà quelqu'un, Petit Ours Brun! Il doit se cailler les miches, Petit Ours Brun! Mais il franchit la corniche, Petit Ours Brun! -etc etc):

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Bon, j'vous laisse, j'suis très fatigué et j'ai envie d'un bon bol de chocolat chaud en pyjama devant la télé. On reviendra pour de nouvelles aventures les enfants, c'est promis!

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21 janvier 2017

Ascensions au Purgatoire

Voici un double récit pour une seule et même journée. Le mien, et celui de Quentin (en italique) lors de nos ascensions des arêtes du Purgatoire. Je fais le choix, d'une part, de n'en romancer aucunement la narration et d'autre part de ne pas donner tout de suite de précisions quant au lieu. Ce sera chose faite plus tard.

J'avais déjà remarqué ce rocher imposant sur la carte IGN du secteur et m'y étais rendu à 2 occasions en été afin de repérer les quelques lignes qui pouvaient être à ma portée. J'en étais surtout reparti avec la certitude que ce secteur rocheux dépassait largement mes compétences alpines. Ici, ce ne sont pas les rondeurs du Hohneck, l'engagement minime, l'accès immédiat grâce à une marche d'approche réduite. Ici, c'est sérieux, on en bave déjà pour accéder au pied des parois et des arêtes. Le coin est sauvage, austère, et je dois reconnaître que cette ambiance, conjuguée aux difficultés de grimpe promises m'avait mis franchement mal à l'aise. Lorsque j'en parlais à mes compagnons de cordée, je le nommais "Le Purgatoire", parce qu'une fois au pied du rocher, les vrais grimpeurs se voient promettre le Paradis, et les grimpouilleurs l'Enfer.

Quentin est au bout du fil depuis le Jura, je n'avais pas vu mon ami depuis un an, et il me propose de venir grimper 2 jours dans les Vosges. Les conditions sont avalancheuses et je n'ai qu'une journée de libre. Je lui évoque 2/3 idées pour une sortie alpinisme et lui parle, sans conviction personnelle, du "Purgatoire". L'idée qu'un tel rocher puisse éventuellement se grimper dans les Vosges le rend fou d'enthousiasme. Sa soeur Céline nous accompagnera, ainsi que mon amie Perrine, que le repérage estival avait galvanisée.

Les véhicules sont stationnés, la température est glaciale. Nous avons beau nous être couverts au maximum, le vent est sensible et le froid nous attaque de toutes parts. Nous décidons du matériel à emporter. Nous prendrons toute la quincaillerie possible au vu des difficultés annoncées, ainsi que les raquettes. L'accès nous réchauffe immédiatement, la pente est raide et je fais la trace. Au bout d'une heure, nous approchons de la base de l'arête principale, et malgré une bonne endurance actuellement, je suis claqué par la raideur de la pente enneigée finale.

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L’endroit était austère. Les roches noires et glacées recouvertes d’une fine couche de neige se redressaient devant nous. Le ciel d’acier était en partie caché par les cimes des sapins qui n’avaient pas éclaté sous le gel et qui n’étaient pas encore tombés sous le poids de la neige.
L’automne avait été pauvre en précipitations de sorte que les ravinements habituels ne formaient pas de cascades de glace ou de lignes gelées permettant d’y planter un piolet ou une broche à glace.
Perrine réchauffa tout de suite l’atmosphère :

- C’est aussi joli en hiver qu’en été !
- Ah oui, quand même ! Et tu voudrais grimper par où là ?

De part et d'autre de la base de l'arête se trouvent 2 secteurs. A gauche, un très long couloir dont nous ne savons rien ainsi qu'une arête qui le borde main gauche. A droite de l'arête, une sorte de combe, très raide. Nous la remontons tant bien que mal, le souffle court pour parvenir au pied d'une paroi vertigineuse. Plus d'une trentaine de mètres de pure verticalité proposant un dièdre et un surplomb impressionnants. La neige est presque absente de la paroi, la glace également:

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Jamais l'expression "être au pied du mur' n'aura été aussi chargée de sens. Je regarde mes compagnons du jour autour de moi avec une certaine solennité: Quentin n'est pas rassuré me semble-t-il, mais son enthousiasme le rend prêt à accepter toute ascension avec un compagnon de cordée. Je n'arrive pas à percevoir le ressenti de Céline. Perrine est souriante, elle va passer une bonne journée. Le Purgatoire fait déjà son effet. Personnellement, j'ai les mains moites, et je ne sais même pas si je tremble de froid, ce qui serait justifié, ou de peur. J'ai clairement la trouille, pourquoi le cacher? Le lieu est sinistre malgré le ciel bleu et les ascensions offertes dépassent clairement mon niveau, d'autant plus que je ne grimpe plus que très occasionnellement. Quentin propose de placer une moule au dessus d'une dalle. Il grimpe en tête et nous confirme que la glace est rare et merdique. Céline et moi décidonc de nous (r)échauffer dans cette voie, pendant que Perrine et Quentin s'encordent. 

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Pendant que nous grimpons notre dalle, Quentin nous annonce "Nous allons faire l'arête et y accéder par une goulotte repérée plus bas". Les dingues. Nous terminons notre voie. Depuis le relais, la pente s'adoucit mais l'envie de grimper plus haut n'est pas là aujourd'hui, je préfère m'écouter. Quant à Perrine et Quentin, je les aperçois débuter leur ascension:

Elle choisit de remonter l’éperon principal, sur son arête, au plus simple, au plus droit. Bien sûr, suis-je bête. Pourquoi choisir un truc facile et engageant. Voire même ensoleillé.
Perrine se chargea de coinceurs, friends, sangles et dégaines, et ainsi affublée de sa quincaillerie entama son ascension. De mon côté, tout en suivant sa progression d’un œil, je tentais de démêler les cordes derrière moi. C’est fou ce qu’une corde neuve peut faire comme nœuds. Heureusement, Perrine arriva au premier point. Enfin, au premier sapin. Sapinette. Branche. Enfin, truc végétal que Perrine utilisa comme point en y attachant une sangle et un mousqueton. D’autres l’auraient mangé ou fumé.
Elle gravit encore une dizaine de mètres avec l’aisance du chamois vosgien, puis se retrouva sous un mur. La dalle inclinée à droite n’offrant pas de prise et la gauche un vilain amoncellement de pierres elle décida d’y poser un coinceur qui sécuriserait sa progression. Ainsi rassurée le mur ne fut qu’une formalité. Le coinceur se sentant inutile sauta de sa fissure et vint rejoindre la sangle du sapineau. Ensuite quelques mètres plus haut, elle disparut de ma vue, mais comme la corde filait à un rythme régulier, je ne me posai pas de question. Quand vint la fin de la corde, je le criai à Perrine. J’eus quelques vagues sons en réponse. Le vent qui chantait dans les arbres nous déversait aussi de la fine neige dans le cou. Un régal.
A mon tour, les pieds et mains gelés par l’inactivité, je me lançai dans la voie. Je récupérai la sangle et le coinceur, et m’attaquai au mur. J’usais de toute ma hargne pour y parvenir. La corde devant les yeux me rassura et me permit d’oser franchir le pas. Ensuite, après le louvoiement dans les arbres, je rejoignais Perrine confortablement assise contre un sapin.
Je la félicite :

- Bravo pour le passage en bas. Le mur c’était un pas quand même. En tête, je n’aurai pas fait le malin.
- Oui, c’était pas facile, c’est pour ça que j’ai mis le coinceur. 
- Ouais, je te l’ai pas dit, mais il n’est pas resté longtemps coincé. Mais il a tenu le temps que tu passes le mur.
- Bon, tu veux faire la seconde longueur ?

Je levai les yeux au dessus de Perrine. Le contrefort se transformait en arête. C’était la fin de la forêt. Ou du moins la fin des endroits où les arbres arrivaient à s’accrocher à la pierre.
Le cheminement paraissait évident. Suivre le fil de l’arête.
Je temporisai :

- Non mais je sais que tu voulais grimper en tête, alors tu peux y aller si tu veux.
- Non non, je t’assure, tu peux y aller, je sais que ça fait plaisir de passer en tête.

Merde. Il allait falloir que je me sorte le doigt. De toute façon, elle venait de ravaler la corde à côté d’elle et si elle repartait en tête, on allait encore galérer avec des nœuds.

- Bon, ok, j’y vais alors.

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Pendant ce temps-là, nous retournons avec Céline une centaine de mètres plus bas, nous réchauffons en buvant du thé et en avalant difficilement quelques denrées. Hors de question de rester là sans bouger ne serait-ce qu'une minute de plus, le froid est polaire et me pénètre par tous les pores, les onglées se succèdent. Je pars repérer une arête aperçue au loin, elle me semble jouable, dépourvue de difficultés notoires, et semble relativement longue. J'en propose à Céline l'ascension qui accepte instantanément. On s'encorde, anneaux de buste pour chacun et progression à corde tendue. A priori, les relais seront inutiles, la progression se fait en forêt. Si la pente est raide, les véritables ressauts sont peu élevés. Une bonne arête Peu Difficile en somme, rien de plus. J'entends crier brièvement sur l'autre arête, distante de quelques dizaines de mètres. Perrine et Quentin.

Armé de quelques sangles et de toute l’euphorie de la grimpe, je me lançai.
A peine cinq mètres gravi, je butai sur une première difficulté. Un petit mur déversant aussi haut que moi me barrait le passage. Impossible de mettre de moindre coinceur. Pas de fissures visibles. Et Perrine qui attendait en bas. Je fini par trouver une petite aspérité dans la pierre au dessus du mur pour y accrocher la pointe d’un piolet. Ce serait suffisant. Les pieds monteraient bien à leur tour. Effectivement, je pus continuer quelques mètres. S’élever au dessus de la forêt me permit de profiter de la vue, des Vosges bien enneigées et du froid paralysant qui me cinglait le visage. Au fur et à mesure que je grimpais, l’arête s’effilait et se redressait. Heureusement, de temps en temps, une touffe d’herbe gelée me permettait d’assurer un ancrage solide.
Puis vient le moment où Je ne sus plus où passer. Enfin si, je vis bien le pas à franchir, mais j’eus une grosse hésitation.
Un regard en arrière me fit prendre conscience de la situation. Depuis le départ du relais, je n’avais pas pu mettre un seul point pour me sécuriser. Pas un arbre sur l’arête. Pas une fissure assez ouverte pour un coinceur ou un friend. Pas un bloc ou une écaille pour une sangle. Je regrettais mes pitons au fond du sac, là-bas, avec le sandouitche tofu/aubergine de Stéphane.
J’avais gravi une vingtaine de mètres sans pouvoir me sécuriser. Ça ne m’avait pas préoccupé outre mesure puisque je me sentais assez à l’aise. Mais voilà. Depuis cinq minutes, j’hésitais et ne trouvais pas de passage plus facile.
A droite, au bout de la dalle lisse recouverte de neige, plongeait le vide vers le pierrier, quatre-vingt mètres plus bas. A gauche, un gros bloc déversant fermait la route vers le vide du grand couloir.
Je n’avais pas trop le choix. Me hissant sur la pointe de mes crampons, je donnai un grand coup de piolet dans une motte de terre au dessus de moi. Ça tenait. Au moins un point solide. Main gauche. Avec la main droite, je fouillais le rocher. Vite. Vite trouver une fissure pour y coller un coinceur. Mais rien. Les seules fissures d’à peine quelques millimètres étaient bouchées par la neige. En désespoir de cause, mon piolet droit vint rejoindre le gauche, sur la même motte de terre. Je priai pour qu’elle ne s’arrache pas du rocher.
Soudain, une lame de mon crampon droit ripa sur son graton. Le piolet droit commença à trancher la motte de terre en deux. Vite, je retrouvai un semblant d’aspérité pour reposer mon pied droit et soulager le piolet.

- Perrine ! Je suis mal !

Céline et moi poursuivons tranquillement le fil de notre ascension sans stress, les gestes sont sûrs et je suis toujours à sécuriser au maximum en plaçant des sangles ou en louvoyant entre les arbres quand le terrain le permet. J'aperçois alors à mes pieds un couloir très raide qui permet de rejoindre le large couloir qui sépare les 2 arêtes où nos 2 cordées évoluent. "Céline, il est déjà 15h! On va descendre en rappel là-dedans". J'équipe pour la descente, pas bien certain que la corde à simple de 70 mètres soit suffisante. "Je descends en premier, si le rappel est trop court, je trouverai un autre arbre sur lequel me vacher et t'y attendrai." Avant d'entamer le rappel, j'aperçois Perrine et Quentin en face. Leur arête est raide, ils n'ont plus d'arbustes de leur côté pour mettre des points ou un relais. Leur ascension est engagée, je le vois. Je les observe, ça n'avance pas vraiment. Le cadre est idyllique, mais cette arête..., , j'ai l'impression qu'ils sont sur Tower Ridge en Ecosse, et suis en train de réaliser qu'ils ne sont pas en train de réaliser une ascension typique des Vosges en termes de difficulté.

Putain, j’allais me la coller. Un œil vers le bas me confirma que la désescalade était totalement impossible. Les prises si petites à trouver pour les pieds et l’ancrage d’une pioche ne se faisant que dans le sens de la montée, je compris que la fuite par là était interdite. A droite ? Non, toujours pas. La dalle très légèrement inclinée recouverte d’une fine couche de neige semblait totalement lisse. De toutes façons à cette altitude, pas d’herbe, pas de fissure. La gauche toujours fermée par le gros bloc déversant. De toutes façons, c’est totalement verticale à gauche. Peut-être même surplombant.
Les bras commençant à tétaniser, des fourmis dans le pied droit, je compris vite la suite des événements. Je lâchai le piolet droit qui ne tenait quasiment pas et attrapa une sangle. Désespéré, je la mousquetonnai au piolet fiable et au baudrier. Ce n’était qu’un semblant de refuge, mais ça me permit de me reposer les bras. Je n’osai remuer les pieds pour les réchauffer de peur de perdre l’aspérité qui les retenait et l’équilibre précaire. Je fis rapidement le tour des options qui s’offraient à moi : Le bas, interdit. La droite et la gauche, impossible. Perrine était coincée vingt mètres plus bas et ne pouvait pas m’aider. Même si elle redescendait, remontait le long couloir en brassant dans un mètre de neige poudreuse et venait me lancer la corde par le haut, ou même descendait en rappel me chercher, il lui faudrait bien deux ou trois heures. Dans moins de trente minutes j’aurai fait le grand saut. Vingt mètres de chute, un ou deux rebonds sur des rochers, dont un très saillant, puis croiser Perrine et son arbre, les prendre au passage, puis chuter sur encore vingt mètres dans la pente très raide parsemée d’arbres. Je finirai bien par m’enrouler autour d’un sapin, avec ses moignons de branches près du tronc…
« - Tu es prudent, hein ?! » m’avait dit Cécile avant que je parte.
Ouais, ben là j’avais merdé. J’allais me la coller. Putain. Cécile. Mathilde.

- Allez ! Bordel !!!

Bon, je compris que je n’avais plus le choix. La sortie se ferait par le haut ou ne se ferait pas.
Alors, je commençai à tirer sur mes bras, en priant pour que cette motte de terre tienne le temps que je passe. Sous moi, mes pieds raclèrent le rocher sans que je les sente, sous l’onglée. Centimètres par centimètre je m’élevai alors. Le nez dans la touffe d’herbe, je cherchai à tâtons un ancrage pour mon piolet droit. Je fini par trouver un petit caillou qui accepta de retenir la lame quelques instant. Je remontai alors les pieds au dessus du mur avec un cri de soulagement.
Ça y est. J’ai passé le truc. Putain, je suis en vie !!!
Quatre mètres plus loin en suivant une vire peu inclinée je trouvai le seul arbrisseau de ma longueur. Je l’attrapai à pleine main et posai mon premier point.
Les vingt mètres suivant sur le fil de l’arête furent faciles et rapides. Le tirage dans la corde me rappelait vers le bas et Perrine devait lutter avec des nœuds. Arrivé à la fin du rocher, la pente s’adoucit et je retrouvai le bois. Je me vachai à un gros sapin et fis monter Perrine.

Le rappel est juste à la bonne longueur. 35 mètres pour rejoindre de manière sécurisée le couloir.  Le silence y est total, on est à l'abri du vent, ça soulage. Mais je n'aurais pas imaginé qu'il y ait autant de neige , on s'enfonce jusqu'aux genoux dans la neige et pour peu qu'il faille remonter de quelques mètres pour récupérer du matériel, c'est jusquà la taille que je m'enfonce. Je me libère, et hurle à Céline que le rappel est libre, elle descend aussitôt:

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Nous rappelons tant bien que mal la corde qui finit par se dégager après de nombreuses manipulations. Il ne nous reste plus qu'à longuement redescendre le couloir pour retrouver la base de l'arête sur laquelle mes amis évoluent. J'ai l'image de leur cordée en tête et ne suis pas particulièrement rassuré. Je n'en souffle mot à Céline, je n'ai aucune envie de l'inquiéter et lui dis que je pars rejoindre le fond de la combe sur l'autre versant de l'arête. La cordée est censée redescendre par là en rappel, et je n'ai qu'une envie, être rassuré en les voyant redescendre. Mon inquiétude sera de courte durée. A peine suis-je parti que Céline me fait signe qu'elle les entend approcher sur l'autre versant de l'arête, via le couloir que nous avons emprunté. Quelques minutes plus tard, je les vois arriver tous 2, un large sourire strie leur visage, on y lit même une certaine fierté, mais également autre chose, mais je n'arrive pas à poser les mots sur ce que j'y lis. Quentin s'en charge. Il pose son piolet, son sac sans mot dire, puis me regarde avec une certaine gravité teintée d'un immense soulagement:

"Putain Steph, j'ai failli me mettre une boîte".

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02 janvier 2017

Ouverture totale du domaine de La Mauselaine ce Mardi 3 Janvier 2017

C'est la larme à l'oeil que Christelle, 48 ans et originaire de Zeebrugge, quitte la Perle des Vosges avec son mari et ses 3 enfants à l'arrière et dont le véhicule a quitté la route à quelques centaines de mètres du col de la Schlucht. Notre équipe, dépêchée sur place suite aux nombreux accidents de  circulation de cet après-midi, reste compatissante et impassible malgré son accent très prononcé "C'est la deuxième année une fois qu'il n'y a pas de neige dans votre ville, et c'est la deuxième année de rang une fois qu'on a des emmerdes sur la route du retour à cause de la neige. On roulait même pas à volle pétrole".

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 Ces chutes de neige modérées (NDLR: plus de 2,1cm tombés en quelques heures à 1000m) n'ont pas fait que des malheureux dans la ville de Gérardmer. C'est ainsi que la station de ski alpin a décidé d'ouvrir toutes ses pistes, et ce dès demain matin, Mardi 3 Janvier 2017. Francis Petitjean, chargé de communication du domaine alpin témoigne: "c'est vrai que ça nous casse bien les brimbelles qu'il neige quand les trous du cul de touristes se barrent, mais bon on va pas boueller pour autant et demain on ouvre tout". Quand on lui demande si les 2 cms seront suffisants, il répond avec parcimonie: "D'en bas, tu vois bien qu'c'est tout blanc, nân? alors ferme ta guéle (sic)".

gerardmer_plan_pistes

 Nul doute que ces chutes de neige bienvenues, conjuguées au merveilleux accueil Gérômois, sauront combler les amateurs de glisse d'ici le prochain redoux et les chutes de pluie pour les vacances de Février.

 

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12 novembre 2016

Les chauves sourient au Hohneck

Voilà près de 8 mois que je n'avais pas donné signe de vie sur ce blog. A vrai dire, je pensais même le cloturer. Passer à autre chose après 6 ans de comptes rendus... 

Et puis vinrent le mois de Novembre et de belles chutes de neige sur le massif. La joie que je ressens lorsqu'il s'agit de rechausser mes crampons se doit d'être partagée, en tout cas, j'en ai envie, pour une saison de plus. Nombreux sont les vosginistes qui s'interrogent quant aux conditions de neige qu'on trouve "sur les Hauts", je me ferai un plaisir de vous les donner à chaque sortie, et ce jusqu'à la dernière de l'hiver, puis le blog retournera en état de veille... jusqu'à l'hiver suivant?

Je vous ai déjà dit pourquoi je me suis mis à l'alpi? Jamais. Tout a commencé à mes 20 ans, devant la glace, lorsqu'un matin à 14h, le cerveau embrumé d'avoir trop révisé pendant la nuit, je me rendis compte que mes tempes se dégageaient. L'hérédité, c'est bien, mais la calvitie à 20 ans, faut pas pousser Mémé dans les tofailles.Du coup, j'ai décidé de partir étudier à Strasbourg, ville où on met un bonnet 10 mois sur 12, et de me mettre à la grimpe, puisqu'après tout faut mettre un casque. Bon, j'aurais pu faire du vélo, mais très honnêtement je préfère courir 42 bornes sur du bitume que de rouler 100 mètres assis sur une selle. D'ailleurs, y'a même un proverbe serbo-croate (j'vous l'jure) qui affirme: "Un homme chauve est fier de son bonnet, un fou de sa force"

(oui alors, comme vous voyez, je vais raconter beaucoup de conneries, vous vous démerdez pour lire en diagonale et trouver les conditions de neige)

Et donc, avec le temps, à chaque fois (trémolos dans la voix) que l'hiver faisait revêtir aux Crêtes son blanc manteau immaculé, je récupérais mes piolets dans la buanderie (oui, j'ai une buanderie, ça pose problème?), retrouvais la joie de vivre et à cette occasion, mes compagnons de cordée, immanquablement me sortaient le même jeu de mots de merde ""il neige, le chauve sourit, hein?". Avouez que c'est nul, mais c'est mes potes, et je les aime.

Et donc, aujourd'hui, je retrouvai mon amie Perrine pour la première sortie de l'hiver. Les vosginistes comprendront, mais y'a de l'émotion dans cette sortie, la première de l'hiver, mi-Novembre qui plus est. Y'a quelque chose de mystique, une joie trop longtemps contenue, endormie sans être éteinte...

Nous descendons le Falimont. La neige est étonnamment bonne à cramponner. Le talon s'enfonce bien, ça ne botte pas, les quantités de neige sont importantes par endroits, à d'autres endroits (à mi-pente notamment), l'épaisseur est quasi-inexistante, laissant apparaître des pierres qui pourraient ruiner la semelle d'un ski.

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 Arrivés au pied du Falimont, nous longeons la base des couloirs du Haut de Falimont. La neige, plutôt lourde, porte peu et on s'enfonce régulièrement jusqu'aux genoux entre les rochers, rendant la progression malcommode. On note à la base du 3ème couloir ("couloir des Débiles") les restes d'une avalanche de taille moyenne. Méfiance. Nous poursuivons cependant jusqu'à une arête à proximité de la Martins. L'enneigement est alors plutôt faible et l'ambiance minérale est assez austère, on se croirait réellement au Ben Nevis.

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 Nous prenons rapidement pied sur l'arête pour laquelle nous sommes venus. Certains ressauts sont assez délicats, la neige n'est pas compacte et s'effondre régulièrement lorsqu'on prend appui dessus. Perrine réajuste sa coupe de cheveux, et moi par pure jalousie, je pense à Coluche qui disait: " Les femmes seront les égales des hommes le jour où elles accepteront d'être chauves et de trouver ça distingué". Mais bon, comme elle met 10 secondes à franchir le ressaut que j'avais passé en 2 minutes, je zappe Coluche.

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 La fin de l'arête est plus délicate, mais c'est un régal d'évoluer dans une telle ambiance, sans un bruit jusqu'au sommet:

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 Les heures défilent et le crâne du chauve étant proche de Dieu (c'est un proverbe algérien, j'vous jure vous pouvez vérifier), nous décidons de repartir pour une seconde arête dans le secteur des "Débiles" (j'aime beaucoup cette dénomination: "ah oui tiens, t'as été grimper où?" "Dans le secteur des Débiles"). Perrine passant sa vie à grimper, et moi à courir, les heures défilent mais ne nous fatiguent pas, y'a quand même du bon à s'entraîner:

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 La seconde arête est un peu plus simple, et parvenue au relais, Perrine me dit un truc au loin incompréhensible: "...chauve...sourit". Bon, oui, d'accord, je suis heureux au Hohneck, mais faut arrêter avec la calvitie maintenant. Arrivé près d'elle, elle me montre l'animal, mort de froid...

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Bon, alors, je vais pas vous raconter ma vie, mais j'adore les animaux, je suis même devenu végétarien tellement je les aime (oui je suis gnangnan je sais), tout ça pour vous dire que ça m'a fait vachement de peine de voir cet animal probablement mort de froid dans une tempête (ou mort de trouille en nous voyant arriver, qui sait?), du coup on a baptisé cette nouvelle arête "L'arête de la chauve-souris" (vous plaignez pas, j'avais d'abord pensé à "Batman's dead").

Pour le franchissement de corniche final (oui, y'a des corniches déjà, et Ulysse est bien fournie) (si vous savez pas ce qu'est Ulysse, je répète plus, y'en a marre de ceux qui suivent pas au fond), avec Perrine on l'a effectué en, allez 10 secondes chacun (j'rigole, on en a grave bavé, Perrine criait "c'est pas d'la neige, c'est d'la farine!"):

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 Voilà pour finir, je vais vous raconter la blague la plus nulle du monde. "Vous savez ce que c'est une chauve-souris avec une perruque?"

"Une souris" . Allez, bon hiver à tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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28 mars 2016

Etat du manteau neigeux au Falimont à ce jour (28 Mars 2016)

Perrine et moi avons remonté aujourd'hui une arête qu'on avait pas encore répertoriée à ce jour du côté de l'épaule Nord du Hohneck. C'est fou le temps qu'on a passé là-dedans cet hiver, je vais ptêt songer à y construire une cabane à mi-pente au niveau du replat. Bref, comme elle était en mode "Youpi tralala" et moi en mode "chut-je-fais-la-sieste-passe-par-où-tu-veux-je-m'en-fous-je-suis-en-second-aujourd'hui", j'ai continué ma nuit de sommeil en prenant de temps à autre quelques photos pour les copains qui suivent le blog et ont besoin de connaître les conditions. En tout cas, les versants Sud, y'a plus rien ou presque, et en versant Nord les couloirs étaient bien chargés d'une neige pas toujours béton, mais au moins on brassait pas et le manteau neigeux était stable. Quasiment plus de neige sur la route d'accès au Pied du Hohneck.:

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