Vosginisme & Randonnée

25 mars 2018

Une bonne bouteille au Dago!

On va se passer de narration aujourd'hui chers lecteurs fidèles du blog. On peut pas vraiment dire qu'on ait grimpé, on a surtout pris du bon temps, contemplé, et bu une bonne bouteille au dernier relais. Ce qui a permis à Perrine de sortir des petites perles du style "j'ai jamais terminé une voie bourrée tiens..." ou alors "ouh que je grimpe mal quand j'ai bu". Je vous mets quand même les photos pour ceux qui veulent voir l'enneigement actuel. D'ailleurs à ce titre, si les arêtes sont déjà bien sèches, les couloirs sont quant à eux encore hyper gavés. A bon entendeur ;) 

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09 mars 2018

Terminus au Batteriekopf

Pendant de nombreuses années, je ne suis allé grimper qu'au Hohneck. Tout le monde grimpe au Hohneck, et cela se comprend aisément d'une part, parce que ce sommet regorge d'itinéraires merveilleux, et d'autre part parce qu'il bénéficie d'un foutu bon topoguide beau à en pleurer, non mais sans rire :p . Mais le Hohneck n'est pas le seul et unique secteur d'alpinisme hivernal que l'on peut avoir dans les Vosges et qui mérite réellement que l'on s'y attarde pour en répertorier des itinéraires à même de susciter l'intérêt et l'enthousiasme pour les vosginistes. 

Ces dernières années nous avons avec Perrine grimpé dans de nombreuses voies en dehors du massif du Hohneck. Certaines de ces ascensions ont fait l'objet d'un compte rendu sur ce blog, que ce soit sur le Rainkopf, le Rothenbachkopf, le Tanet, le Forlet, d'autres sont restées confidentielles et seront présentées plus tard. Comme ce n'est pas chose simple de glâner des informations concernant le potentiel "alpin" de ces autres secteurs,  durant 3 années, nous n'avons donc fait confiance qu'à notre propre cordée avec Perrine, nos propres choix, nos propres observations et nous vous les transmettrons en temps et en heure sur ce blog.

J'ai écrit "Terminus" dans le titre, parce que le Batteriekopf était le dernier sommet que nous souhaitions analyser sous toutes ses coutures. Il est éloigné, très éloigné du point de vue des marches d'approche vosgiennes, c'est son point faible. Ou son point fort, à chacun de voir quelles attentes il place dans ses ascensions. Là encore, les détails des voies seront transmis ultérieurement, tout ce qu'on peut vous dire, c'est que sommet -au potentiel de grimpe géographiquement réduit - est un vrai bijou dont les panoramas que nous avons contemplés tout au long de la journée ont été le parfait écrin:

Départ depuis la ferme-auberge du Breitgauner avec passage par le Firstmiss et vue sur le versant NE du Rainkopf:

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 Passage par le Rothenbachkopf:

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Détour par la chaume du Herrenberg pour une jolie photo, on est alors à 10km du point de départ:

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 Retour au Batteriekopf pour une prospection complète et dont le début des voies se trouve à proximité immédiate de la ferme-auberge du Steinwasen:

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 Pour le reste, je vous souhaite à tous une excellente fin de saison d'alpinisme hivernal dans les Vosges, gaffe au redoux. Pour notre part, comme c'est le terminus, on descend du train avec la satisfaction d'avoir bouclé notre projet avec Perrine. Ce qui ne nous empêchera pas de retourner faire une voie avec une bouteille de champagne dans le sac pour fêter ça. Au Hohneck, cette fois.

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07 mars 2018

Oh Tanet beau! Oh Tanet beeeaaauuuu!

La face Est du Tanet est vraiment impressionnante. Perrine et moi regardons 2 jeunes chamois évoluer avec une aisance incroyable sur les moindres petites vires déversantes de la face, plusieurs dizaines de mètres au dessus de nos têtes. Le silence est de circonstance pour admirer leur agilité. Il faut dire que je suis très envieux, jaloux même, d'autant plus que j'ai progressé tant bien que mal jusqu'au pied de la face en m'enfonçant systématiquement dans une neige pourtant dure, et ce dès que je prenais appui. A mon avis, même les vaches vosgiennes ont un cul moins gros que le mien tellement l'effort répété pour me dégager des trous me lasse.

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 Perrine m'observe, je sens qu'elle va dire un truc, et elle dit un truc en effet: "Krampus, si les chamois ils passent, nous aussi on peut passer". La première chose qui me vient à l'esprit (faut quand même savoir que ça fait 15 ans qu'on grimpe avec Perrine, elle doit me connaître, non?) est qu'elle est sous LSD ou je ne sais quoi pour imaginer ne serait-ce qu'une foutue seconde que je vais suivre ces chamois. Je dis rien en guise de réponse (j'avais surtout peur d'avoir l'air con en disant quelque chose). Elle insiste et l'étau se resserre sur moi "On y va?" . Grand moment de vérité. C'est moi le mec de la cordée, faut que j'assure quoi ;) Du coup, je fais semblant d'hésiter (alors que dans ma tête c'est tout vu, niet niet niet). Bon, à défaut d'assurer, je vais l'assurer elle et lui sors une excuse bidon comme on n'en entend jamais en montagne: "écoute, si moi je vais là-dedans, je me tue direct, et là à froid ça me gêne un peu en fait, je préfèrerais me casser la gueule quand je serai un peu plus chaud".

Bon, ben elle y va. Faut dire que c'est une grimpeuse, elle, du genre à s'entraîner 3x par semaine sur rocher. Comme moi, mais par an, et encore:

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Et donc, la miss grimpe, met son point histoire de dire, va rendre visite à la cascade de glace, fait sa voie, tranquille mimile, prospecte de partout et revient en rappel "C'est bon on peut maintenant commencer à grimper" me lâche-t-elle au retour. Je me tais. Toujours se taire, rien dire. Il vaut toujours mieux se taire et essayer de balancer un regard genre un peu futé plutôt qu'ouvrir la bouche et passer pour un con. On poursuit notre chemin et nous passons sous la goulotte centrale qu'on avait faite l'an dernier, à proximité de laquelle on pensait éventuellement faire une voie de "réchappe". Y accéder signifierait inévitablement s'attarder sous la corniche de la goulotte centrale. Monstrueuse (la photo rend mal la dimension exceptionnelle de cette corniche entièrement au dessus du vide.) Il est hors de question de rester exposés à son éventuelle chute. Une photo et zou on dégage, vite fait bien fait:

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 Nous poursuivons notre prospection sur tout le versant Est du Tanet, prenons des notes, grimpons, redescendons, les heures défilent. Ayant oublié comme un couillon de la lune mes guêtres, et celles intégrées à mon futal étant mortes et ridiculement inefficaces comme le PSG en Champion's League, mes petons sont détrempés et gelés. Pas grave, je prends sur moi, j'avais pas qu'à oublier mes guêtres. Faut dire que j'ai oublié la bouffe aussi. Et la flotte. En fait, j'avais juste récupéré mon sac auquel j'avais pas touché depuis la dernière fois (quand même pensé à vérifier mon ARVA, faut pas pousser).

La zone rocheuse arrivant à son terme, nous longeons les rochers par une pente de neige d'apparence débonnaire. On monte, les 30° deviennent rapidement du 35°, puis du 40°... 45°... Je regarde Perrine devant moi, elle en a rien foutre cette fille, ça peut monter dans du 85°, ça la fera même pas tiquer on dirait. Je dis rien, après tout c'est moi le mec, n'est-ce pas? A une centaine de mètres sous la corniche, je vois que la pente va encore se redresser et je sens que c'est le moment pour en placer une, genre je fais pas ça pour moi mais pour elle "Excuse moi Perrine de te déranger, mais est-ce qu'on pourrait éventuellement considérer l'hypothèse de sortir la corde?" "Bien sûr, pas de problème" me répond-t-elle. Au moins, j'ai échappé au "Ah bon, pourquoi?". On se vache à un relais, encordement, déploiement tactique, je fais mon Unai Emery pour lui expliquer comment je vois la suite. Perrine me demande si je veux sortir par la grosse corniche au dessus. Là, je sais plus quoi répondre, alors je dis "Non, elle me fout la trouille". "Ah OK, c'est une bonne raison on va se déporter vers la gauche alors." Putain les copains, je l'ai échappée belle. En route pour la sortie:

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 Arrivés au sommet (enfin, façon de parler) dans une neige excellente qui s'est encore redressée jusqu'à un bon 55° sur toute la dernière partie où piolets et crampons accrochent parfaitement en s'enfonçant juste comme il faut, on taille le bout de gras avec des skieurs très sympathiques de Strasbourg et de Vendée qui nous rejoignent "On vous a pris en photo d'en face, on vous les enverra dans quelques jours". Ah ben oui, je veux bien, ça fera un souvenir sympathique de la sortie. De cette très belle sortie même, qui s'est terminée par une descente face au versant Est du Tanet, histoire d'admirer avec un peu plus de recul la beauté de ce sommet et des voies qu'il propose. 

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(photos Dominique L.)

 

 

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10 février 2018

Chou blanc pour les bachi-bouzouks de Hurlevent

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 "Let's shake hands, oh baby, let's shake hands!!" . 10 Février, l'après-midi est on ne peut plus calme, cosy et détendue. La seule question que je me pose est loin d'être existentielle: "Est-ce que cette reprise des White Stripes que je suis en train massacrer à 115dB aura d'abord raison de la patience de ma voisine ou du bon fonctionnement de mes tympans?" Quelques accords plaqués tel un mur du son de distortion qui traînent en longueur, une courte pause dans le morceau, le téléphone en profite pour  sonner. Mon fixe. 

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 "Salut krampus, c'est Perrine, nous gonfle pas avec ta guitare, manquerait plus que t'en parles sur ton blog à la longue, demain tu rappliques, on fait l'arête secrète qu'on a repérée l'an dernier" "Perrine, tu veux pas te montrer un peu plus convaincante?" "J'ai une bouteille de whisky, du Laphroaig, je l'apporte demain". Nomdediou, elle me sait me parler la Perrine!! Autrefois, nos discussions techniques étaient plutôt du style "Ouais, tu m'prends 4 friends en 1.5 pour demain, ouais c'est ça en polyuréthane projeté 8x8" Maintenant, c'est plutôt "le 12 ans d'âge c'est quand même un minimum pour un bon whisky si tu veux mon avis"

Nous nous rencontrons le lendemain, après un début de journée que j'ai passé à râler dans ma barbe sur le fait que j'ai rien trouvé de mieux à faire dans la vie que de me lever encore plus tôt le Dimanche qu'en semaine. Pas un chat sur la route, remarque c'est pas plus mal, vu ma qualité d'éveil, il échapperait pas à mes roues le matou, et très honnêtement je suis pas d'humeur à ramasser les morceaux:

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Perrine est venue avec Greg, ce sera une de ses toutes premières sorties alpinisme. Je les accueille à la Schlucht dans la grisaille, le froid et le vent qui hurle, avec des mots très chaleureux en guise de salutations "Mais quelle météo de meeeeeeeeeerde!!!!". Perrine me regarde d'un oeil rassuré, elle sent bien que je vais mieux ces jours-ci, tant que je râle, je vis. Nous poussons plus loin en direction du Kastelberg où nous laissons nos voitures pour nous équiper. Et là, je vous jure que c'est vrai (tout est vrai d'ailleurs sur ce blog!), elle avait 20 litres de lait dans le coffre! 20 litres de lait! Elle essaye de m'expliquer, et avant qu'un seul mot ne soit prononcé, je lui dis que, quoi qu'elle dise, ça figurera sur mon blog. Du coup, elle n'a pas même plus envie de se justifier, n'empêche bordel, 20 litres de lait, c'est la "Ferme des 1000 Vaches" sa Dacia:

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 Puis pour noyer le poisson (et le Krampus), elle me demande si j'ai pris ma petite flasque pour y verser la larmichette de whisky Laphroaig qu'elle a rapporté pour notre sortie. Merde. Et re-merde, la flasque. Je l'ai oubliée. Bon sang, on peut oublier une corde, un baudrier, les piochons mais pas la flaaaassque!! Je sais que je viens de commettre une grosse erreur. C'est juste rageant, comme si on avait apporté une bouteille vide:

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 Bon, pour ceux qui suivent le blog (je vous aime, les amis) , vous vous souvenez les discussions des sorties passées avec Perrine? "On prend les raquettes?" "Je sais pas, t'en penses quoi?" "Ecoute j'hésite, qu'est-ce que t'en dis?". Bon, vous remplacez là les "raquettes" par le "whisky". Et il était à peine 9h ce matin, sur le parking du Breitsâoulard. Honteux. On s'est regardés et elle m'a demandé "C'est ça nos discussions matériel d'avant-course maintenant?" Greg nous regarde interloqué, il n'ose dire mot, et finalement en place une quand même: "ça a l'air sympa l'alpi avec vous". 

On commence notre approche par le moment le plus délicat de la journée. Longer le Breitchoufi. Faut pas que je regarde cet établissement, ça va me pourrir la journée. On arrive aux pistes. Désertes. Personne. Si, un mec, un seul, sur son tire-cul. Belin (c'est un terme mentonnais) , y'a qu'un seul mec sur une piste large comme le Rhin et j'ai failli me le prendre. Greg est un peu stressé, la météo n'aide pas. J'essaie de le rassurer en lui disant qu'une avalanche s'est produite il y a 3 jours au Rainkopf et que les conditions sont merdiques, il me répond: "Vous avez pas pris la bouteille finalement? J'aurais bien bu un coup". Perrine lui explique qu'elle a 200kg de quincaillerie dans le dos et une corde de 70m, plus des raquettes aux pieds et qu'elle assumait pas le fait d'avoir une bouteille de whisky qui dépasse du sac à dos. Quant à moi, c'est pareil, je croule tellement sous le poids du sac et mes pieds s'enfoncent tellement dans la neige que j'ai l'impression d'être devenu Passe-Partout. On poursuit notre chemin cahin-caha (jamais compris ce que ça veut dire, mais je le place quand même, de toute manière je vise pas le Goncourt). Et là, on arrive au Col après une marche épuisante de 8 heures (en ressenti). Alors, quand il fait moche en hiver dans les Vosges (c'est ça, vous m'avez compris), je vous propose d'aller à un col sur les Crêtes. FA FOUFFLE A MORT!!!!

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 Nous arrivons à proximité du col du Leckmichamarsch (toute la légendaire poésie alsacienne dans un concentré sémantique), pour y grimper une arête que je rêve de remonter et de coter. Bon, déjà le paysage me calme, le vent hurle, ça caille sa mère, et les corniches sont monstrueuses. Je m'avance prudemment, à distance raisonnable de l'arête, Perrine s'arrête, une corniche massive s'effondre sous nos yeux. J'étais déjà calmé, mais alors là, je suis plus que calmé, genre Bouddha si vous voyez ce que je veux dire. Perrine m'invite à reculer de quelques pas supplémentaires. L'accès à l'arête est totalement impossible, surplombé par des corniches massives. Au Sud, d'autres corniches qui remontent vers le sommet. On marche donc une centaine de mètres vers le Nord, une pente raide semble indiquer la fin de la zone cornichée. Perrine sort sa 70m, indique qu'elle a été bien lovée mais peut se montrer capricieuse par temps humide. Je saisis pas très bien, mais on équipe 2 poteaux pour poser une main courante qui descend droit dans la pente histoire de voir en bas si j'y suis. Perrine demande qui y va, Greg demande si on prendra du Bourbon la prochaine fois, et moi j'ai envie d'y aller. Vite fait, mal fait, j'y vais et quand la pente commence à bien se raidir sous mes pieds, la corde fait un monstrueux tas de nouilles, à tel point que j'ai l'impression d'écouter "The Spaghetti Incident?!" des Guns n'Roses:

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 Obligé de remonter comme un couillon pris la main dans le sac pour incompétence éliminatoire. Perrine démêle les 678 noeuds en 67.8 secondes. On y retourne, cette fois c'est la bonne (du coup, je prends mon piolet que j'avais zappé, déjà que j'ai pas mis les crampons...), la corde est assez longue, je descends d'une bonne dizaine de mètres en rappel, la pente de neige est très raide, un bon 55° peut-être même 60°. Je me déporte tant bien que mal vers la droite pour essayer de repérer et photographier l'arête et l'aperçois à une cinquantaine de mètres malgré la visibilité très réduite. Un chamois passe à une vingtaine de mètres, faudrait pas qu'il déclenche une coulée, j'essaie de le lui expliquer posément vu que j'ai atteint le Nirvana bouddhiste il y a une vingtaine de minutes:

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 La neige porte peu dans cette pente.  Je regarde de nouveau l'arête à ma droite. Mes compagnons du jour pourraient descendre à leur tour et nous arriverions aisément à rejoindre la base de l'arête. Mais il nous faudrait alors passer sous les corniches massives. La neige ne me plaît pas non plus aujourd'hui. Une plaque se décroche à proximité, pas bien grande, pas bien épaisse, mais c'en est assez.Tant pis, je remonte:

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 Arrivé en haut en remontant avec un système d'auto-assurage et une poignée, je trouve mes compagnons blanchis et gelés par l'attente. On dirait l'abominable homme des neiges et l'abominable femme des neiges. D'ailleurs vous connaissez la différence entre les 2? (une abominable paire de ...)(OK c'était facile, mais faut bien raconter quelque chose sur mon blog vu qu'on est arrivés à rien aujourd'hui). Bref, on plie bagage, tout le monde semble en avoir ras-le-casque des conditions, c'est pire que les Hauts de Hurlevent ici:

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 Le retour se fait tranquillement, avec une petite pause du côté du couloir de Blanchemer où nous avons pu admirer un skieur faire de jolies courbes dans la neige. Lui n'a pas perdu sa matinée visiblement!

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 Arrivés au parking, pour fêter notre perte de temps ce matin, mes amis me proposent un verre au Breitspinner. Mon Dieu, moi qui m'étais promis de ne plus mettre les pieds dans cet établissement qui réussit le tour de force de remporter le championnat, année après année, de l'accueil le plus exécrable du massif (et pourtant la concurrence est rude). En tout cas, ils n'ont pas failli à leur réputation et ça m'a permis de lâcher 2/3 jurons que j'avais encore en rab' pour la matinée.

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 Revenu chez moi à Lac-lac-Land, ma fille m'a demandé si c'était bien aujourd'hui ma sortie. "Très bien ma chérie, très très bien, j'aime beaucoup ces moments de plénitude où je me pose enfin". Pas sûr que Perrine et Greg aient passé la même matinée.

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27 janvier 2018

Ammelthal Gagnant

Perrine: "Krampus, on est au mois de Décembre, les conditions sont tip-top, faut aller grimper demain pour finaliser notre projet" /  Krampus: "Ecoute, là j'ai pas envie, je vais jouer de la guitare demain, un bon gros blues, j'ai pas la tête à autre chose, désolé"

Perrine: "Krampus, c'est les vacances là, bouge ton cul, on a des itinéraires à finir" / Krampus: "Mmm, oui mais non, pas la motivation. Je vais écouter du blues demain. Fred Mc Dowell tu connais?" (elle a raccroché)

Perrine: "Krampus, on est fin Janvier, ça urge"./ Krampus (devenu pilier de bar entretemps): "Baah euh, tu vois, j'ai envie de regarder la pluie demain en écoutant un vieux blues avec un Jack Daniel's à portée de main " / Perrine: "Non, non, tu vas t'aérer la tête et m'accompagner. Je viens te chercher"

Du coup voilà, j'étais tranquille; j'étais peinard, accoudé au flipper, Perrine est entrée dans le bar, a commandé des olives noires (c'est pour changer de rime), elle s'est approchée de moi et m'a regardé comme ça: "Viens faire un tour dans l'Ammelthal, je vais te faire faire des voies rigolotes, à grands coups de piolets." Bon, ben, en fait j'ai accepté, je lui ai dit: "OK pour m'asseoir 5 minutes avec toi sur une corniche et regarder la neige tant qu''y en a".  Bref, vous connaissez la suite.

Le lendemain matin, 9h, Pied du Hohneck. Perrine me demande quel matériel j'ai pris. Je lui réponds: "Un ARVA et mon bonnet AC/DC" " Ah, ben c'est bien ça, t'as tout ce qu'il faut alors". Après on s'est demandé si on allait prendre nos raquettes. On se demande tout le temps s'il faut prendre les raquettes. C'est insupportable les raquettes, au mieux t'en as certes besoin, mais après ça pèse un âne mort sur ton sac, comme si t'en avais pas assez avec le baudrier surchargé de quincaillerie, la corde qui pèse plus que mon ampli guitare encore. C'est donc aussi inutile que de faire de l'alpi, guitare électrique en bandoulière. Encore que dans ce cas, t'as quand même l'air moins con qu'avec des raquettes. Et va remonter un couloir avec tout ça sur le dos, sans déconner, prochaine fois que je fais un couloir j'appelle les déménageurs bretons, marre des conneries. Finalement on opte pour prendre les raquettes. Evidemment elles nous ont servi à que dalle: dès la première pente de l'Ammelthal qu'il a fallu descendre, je sais pas pourquoi, j'ai subitement pensé à Michel Berger qu'est mort raquette en main, et je me suis dit que j'aurais l'air d'un vrai couillon à mourir raquettes aux pieds. Du coup, on les cache dans le couloir en priant St Antoine pour que personne ne les trouve et ait l'idée d'appeler les secours (ou pire, de nous les piquer). Alors donc du coup, on a descendu l'Ammelthal qu'on a sillonné de long en large, en profondeur dans les trous de neige, en longeant les Spitzkoepfe main gauche. Bon, on a trouvé des trucs super sympas un peu plus loin, genre ce joli couloir qu'on a remonté:

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 Si vous me demandez comme ça de but en blanc où il est ce couloir, je saurais pas vous le dire, d'ailleurs à force de tourner je sais même pas où on était, mais bon, en plus de mon ARVA et de mon bonnet, en fait j'avais ma montre GPS, faudra que je regarde la sortie histoire d'expliquer correctement. C'est là qu'on a rencontré le Seigneur des Lieux (salut à toi si tu nous lis!). J'étais justement en train de me dire que ce secteur était tellement paumé que j'en ferais pas ma promenade dominicale quand ce dernier nous a révélé venir tous les Dimanche ici. Et en plus (j'ai rien dit, je voulais juste échapper au star system en plus!) il nous a reconnus "Eh mais vous êtes pas le mec et la fille du blog tout le temps ensemble et qui grimpent partout en hiver?". Bah tiens, c'est le mari de Perrine qui va être content de lire ça (Seb, mes amitiés les plus loyales). Bref on s'est quittés et on a poursuivi dans le couloir sus-cité.

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 Parvenus au sommet du couloir, sur un promontoire prometteur, Perrine me propose de nous arrêter en attendant que la vue se dégage pour prendre des photos.

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S'il avait fallu attendre une éclaircie, on y serait encore et certainement jusqu'en 2430, et probablement aurais-je crevé sur place, étouffé par les glaçons dans ma barbe. Pour ceux qui suivent le blog de loin, sachez que le temps est pourri dans les Vosges (parole de Mentonnais), mais alors pourri de chez pourri, et que tous les Vosgiens sortent de facto au moindre rayon de soleil furtif pour prendre des photos et les mettre fissa sur les réseaux sociaux, accompagnées de légendes genre "Il est pas beau mon massif?" "C'est tous les jours les vacances ici!", ou pire encore, accompagnées du hashtag #jevoislavieenvosges . 

Bref, on s'est cassés parce que mon futal d'alpi n'étant plus de toute première jeunesse côté imperméabilité, je commençais à avoir le cul trempé et gelé, ce qui ne m'a pas empêché pour autant de savourer le moment "Ah, on est pas bien là?" "Oui, on est bien là" "C'est vrai qu'on est bien là" On est vraiment bien". Bizarrement (ou pas, c'est pas le problème, c'est juste par rapport à nos attentes), c'est après le couloir que la pente de prime abord débonnaire est devenue plus raide. La neige, moins porteuse que le matin laissait entrevoir de grandes "crevasses" assez impressionnantes aux ruptures de pentes. Puis le vent cinglant nous a littéralement rappelé à l'ordre, nous savions alors que nous étions tout près de la sortie. Les corniches aux abords du sentier étaient surplombantes et monstrueuses. Rarement vu des corniches aussi grosses au dessus de l'Ammelthal. Nous avons alors choisi une belle pente surmontée d'une corniche amicale, un cornichon quoi, pour assurer à tour de rôle notre sortie.

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 Le Pied du Hohneck n'était alors plus bien loin pour nous réhydrater correctement d'une bonne Contrex bien vosgienne #jevoislavieenvosges #solidecommelesapinfortcommelamirabelle, et ce avant de replonger une fois de plus dans la grisaille humide gérômoise (c'est mon blog, j'écris c'que j'veux)

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03 décembre 2017

La fabuleuse ascension hivernale de la North Face of Sérichoomp

Premier billet de cet hiver 2017/2018 suite à notre première sortie avec Perrine. On a placé la barre très haut niveau connerie. Très très haut.

Quand j'étais gamin, je me souviens de nuits entières, où caché sous ma couette, avec une lampe torche que je scotchais sur mon front pour en faire une frontale et je lisais alors les récits de Messner, Kammerlander, Bonatti, tous ces grands alpinistes qui avaient réalisé de magnifiques ascensions hivernales sur les plus beaux et hauts sommets du monde.

Mais aucun de ces clowns n'avait fait Sérichamp en hiver. Tu m'étonnes Elton.

Bon, trêve de conneries, Sérichamp, c'est certes un sommet mais surtout une chaume. Un chaumet si vous préférez.Y'a rien à faire là-haut. Du point de vue alpin je veux dire. En été, si je devais résumer Sérichamp avec une image, ce serait une glacière bleue Campingaz. En hiver, une paire de skis de fond. Vous pouvez prendre des vieilles lattes pourries, c'est plat en haut et pour descendre c'est tout plat aussi. Y'a 2/3 montées aussi dans le secteur, mais elles sont plates comme un oeuf (au plat).

Et aujourd'hui, avec Perrine, nous étions à 9h sur un parking à proximité du Valtin pour affronter la Bête. Baudriers, piolets, ARVA, pelle, râteau, seau, sonde, broches, machard, crampons, 50m de corde, bref aussi achalandés que la quincaillerie de la Vologne à Gérardmer.

C'était joli comme cadre en fait:

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La tête enfoncée dans mon bonnet AC/DC qu'un élève m'a offert l'an dernier (merci Louis!), j'entends un grondement manifestement issu des pentes Nord. Un grondement bref, lourd, rauque. Je m'arrête. Probablement une avalanche. Putain, une avalanche quoi. Je regarde au loin, le regard ténébreux en essayant de dire un truc mystérieux et intelligent à la fois. Perrine me regarde un peu gênée et me demande "Quelque chose ne va pas?" Je lui réponds le ton grave, et du coup sans utiliser un foutu verbe pour dramatiser davantage encore "Ce bruit...au loin... une avalanche...prudence..." avec la même austérité qu'un fichu sorcier vaudou. Elle me répond, quelque peu surprise par la tension qui se lisait sur mon visage, que c'était son ventre qui gargouillait. Meeeerde, la hooonnntteee. J'essaie de rester digne et balance un bobard pour commencer "Naaan Perrine, y'avait autre chose c'est sûr" suivi d'un "allez viens on se casse c'est peut-être dangereux ici".

Bon bref, on a avancé, et on s'est raconté nos vies. Et on répétait surtout tous les 10 mètres qu'on était bien contents d'avoir laissé les raquettes dans le coffre de la voiture parce qu'il n'y a pas tant de neige que ça. "On a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, non?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, il n'y a pas tant de neige que ça". 2 minutes plus tard: "Bordel, il est lourd mon sac, t'imagines si on avait pris nos raquettes?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre" etc etc...

Et à un moment ça a commencé à merder. Perrine m'a demandé où il était ce maudit couloir du Fond de Xéfosse que j'avais repéré cet été et pour lequel elle avait fait 1h de route et là 1h30 de marche. Vu que l'enneigement était déjà plus important, j'ai pensé lui répondre qu'avec les raquettes on aurait peut-être avancé plus vite, mais j'ai préféré fermer ma gueule en définitive. J'ai indiqué avec mon bras une direction avec une approximation que l'on peut estimer à 120°. Sauf que ça commençait à être raide, avec un pierrier en dessous et des branches qui s'accrochent aux sangles d'un sac à dos bien lourd (aïe! ouille!merde! f'chier!"). J'ai balancé tous les jurons que le capitaine Haddock m'avait appris en 15'.

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Et la pente, déjà verticale, se redressait encore (pour atteindre un modeste 35° à la noix). Non, en fait j'en sais rien, mais y'avait un passage à franchir. Alors, j'ai voulu le franchir, mais je n'y arrivais pas, ça glissait à mort. Sous la neige, une dalle bien lisse. Rien pour mettre mes mains. Bon, c'était pas expo, à un moment, faut s'élancer et zzzipppp je glisse. J'ai une branche super confortable qui retient miraculeusement mon pied. Nickkeeelll!! Perrine me dit: "C'est bon, je peux enlever ma main de sous ton pied?" Ah ben, je t'en prie, fais! J'explique à Perrine que je vais faire un détour, parce que se prendre une boîte à Sérichamp alors que j'ai dans mon sac à dos ma corde, mes crampons, mon piolet et tout le bordel, c'est juste la honte d'une vie. Je lui dis "T'imagines les gros titres demain: 2 alpinistes bloqués à Sérichamp". Nan, nan, j'assume pas ça moi. Bref petit détour pour moi. Du coin de l'oeil je regarde Perrine qui franchit le passage en 12 secondes grand max montre en main. Du coup, on poursuit notre ascension, Perrine devant dans un pierrier enneigé et moi dans un couloir où je n'ai cessé de râler parce que j'avais beau avoir toute une quicaillerie dans le sac, j'aurais surtout eu besoin de palmes, d'un masque et d'un tuba tellement je brassais:

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A bout de souffle, nous parvenons au pied d'un imposant rocher de 10 mètres. Bon, ben y'avait des pentes débonnaires à gauche, à droite, mais Perrine a voulu aller toucher du rocher. J'ai commencé à vouloir dire un truc, mais elle m'a regardé sévèrement index levé, alors j'ai rien dit, avant de prononcer 2 secondes plus tard "Mais quelle bonne idée Perrine!!" avec un air de faux-cul magistral:

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Bon, comme on était en bas, il a fallu aller en haut, c'est le principe de l'alpinisme. Perrine, elle grimpe toujours en mode cool, limite hippie. Je lui demande pourquoi elle prend qu'un piolet, elle me répond avec sa candeur habituelle "Pourquoi? il en faut 2?" . A un moment, elle (j'le jure) a même dit "C'est raide quand même". Ah bon, sans déconner?

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Et donc, du coup, banco, on est arrivés à proximité du col du Sifflet. Petite balade en mode repérage de rochers et là, comment dire, ça fait des heures que je me les caille, que j'ai l'onglée aux mains, aux pieds, aux dents, aux coudes, à tout ce que tu veux (-13°C ce matin pour info) et je lui propose qu'on rentre après cette fabuleuse ascension de la North Face of Sérichoomp. Du coup, au col, on repère le couloir hyper blindé de neige que je cherchais. Délicat d'y accéder sur les premiers mètres, Perrine m'indique un becquet où m'accrocher. Il a l'air solide, je descends, becquet bien empoigné, lequel s'arrache sans prévenir et je me l'envoie tout seul direct dans la tronche et glisse sur le haut du couloir (le boulet, j'te jure...). Une branche super confortable me retient miraculeusement le sac à dos jusqu'à ce que Perrine me dise "C'est bon, je peux enlever ma main de ton sac à dos?". Grand moment de solitude. "Oh mais tu saignes, zut" ajoute-t-elle. Comme la douleur est anesthésiée par les -350° (en terme de ressenti), le premier truc qui me vient à l'esprit (véridique) "cool, ça plaît aux femmes les cicatrices". Irrécupérable. Comme j'étais déjà sur le cul et que le couloir était blindé, on a lugé sur le derrière emportant toute la neige avec nous sur au moins 100m, Perrine m'a même dit qu'elle emmènerait bien ses gosses faire de la luge ici. Ah mais voilà une riche idée, prochaine fois on emmène les gosses alors!

 

 

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16 juillet 2017

La magie de l'alpinisme expliquée aux enfants ou le récit d'une ascension de la Pointe de Mourti

Lorsque je suis rentré hier soir d'un court séjour dans le Valais, après avoir réalisé avec Perrine l'ascension de la Pointe de Mourti (3563m), mes enfants m'ont demandé pourquoi je pratiquais l'alpinisme. Hésitant entre une réponse complète en 2 heures dont ils n'avaient rien à cirer et sa version abrégée de 3 secondes, j'optai pour cette dernière : "Ben, j'aime ce sport, voilà tout"... Ma fille me répondit alors "C'est un peu comme une partie de tennis alors?" . "Voilà, c'est ça les enfants, aujourd'hui c'était un peu comme une partie de tennis, mais avec quelques différences notoires que je vais vous expliquer".

La première différence, c'est que tu n'as pas d'adversaires. Ou alors, ton adversaire c'est toi-même, il faut juste maîtriser ses peurs parfois. C'est loin d'être toujours agréable, mais toujours bénéfique. Par contre, tu es rarement seul. Là par exemple, je suis parti grimper avec Perrine. Perrine, tu la connais, c'est la seule fille capable de regarder ton pantalon d'alpi et de dire "on dirait un pyjama" ou de regarder une Face Nord longuement, tel un curé scrutant son calice,  avant d'affirmer d'un ton sec et solennel:  "A mon avis, elle pue du cul cette face Nord". Bref, c'est Perrine:

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La deuxième différence, c'est que tu es obligé de te lever très tôt, très très tôt si tu veux profiter d'un glacier en bonnes conditions, surtout au retour. Donc, tu te lèves à 3h. Ca tombe bien, parce que toute l'année on se lève tôt, autant bien enfoncer le clou pendant les vacances quoi. En plus, c'est génial parce que généralement dans ces cas, dans la tente tu cailles, tu somnoles à peine, et tu te lèves déjà crevé. On est finalement partis à 4h, et passés au refuge à 5h30... A peine quelques lumières allumées, ça dormait encore dans les dortoirs semblait-il, alors on s'est posés 10' sur la terrasse le temps de grignoter un morceau, de regarder le panorama sans mot dire, et on est repartis pour s'approcher des sommets:

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Ensuite, on a continué à marcher pendant une heure et on a rejoint le glacier. Il faisait froid. Tu vois, l'alpi c'est comme une partie de tennis, mais tu la joues dans le froid. Et puis pendant que tu t'équipes, en plein 15 juillet, tu te chopes une bonne onglée genre qui fait bien mal. Bref, c'est comme une partie de tennis, mais il fait froid et c'est parfois douloureux de se saisir de la raquette quand tu commences la partie:

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Après l'autre différence, c'est que le glacier, c'est comme un court de tennis, mais avec des gros trous très profonds qui peuvent t'avaler si tu es imprudent. Il faut donc s'encorder. Tu mets un casque aussi, parce qu'au retour du sommet, il arrive que des spectateurs envoient plein de cailloux depuis les tribunes:

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Ensuite, il arrive que tu doives grimper, c'est quand même un peu le but. La règle du jeu en alpinisme c'est "tu montes en haut, et tu redescends en bas surtout". "Tu préfères pas rester en bas peinard, Papa?" Si, ça m'arrive souvent, et je m'en veux toujours. "Ah?". Par contre, là aussi, il faut savoir rester très humble, tu choisis pas un itinéraire pour te mettre au taquet, faut pas faire de fautes. Au tennis, la balle elle est dehors, bon ben elle est dehors, point suivant et on n'en parle plus. En alpi, faut pas faire d'erreurs, parce que tu peux très bien te retrouver 100, 200, 500m plus bas. Donc tu avances lentement, tu fais gaffe à chacun de tes gestes de grimpe, à ta corde et à ton compagnon pour arriver au sommet:

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"Et après?" Et bien, après tu traînes pas trop non plus et tu redescends. Des fois même, tu quittes à peine le glacier en estimant qu'il commence à être bien traître à cet horaire - alors qu'il est à peine 11h30 - et tu croises des cordées qui en sont à peine à l'aller. Mais en alpinisme, chacun est libre, même de s'entêter dans l'erreur, il faut pourtant rester lucide et mettre l'ego de côté. Auquel cas, tu peux sereinement contempler des paysages merveilleux, dont tu rêves habituellement depuis la maison:

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"Et tu préfères pas jouer au tennis?" Non, je préfère pas jouer au tennis les enfants,et je vous emmènerai bientôt en haut si ça vous dit. Mais demain, on pourra se faire une bonne partie de pétanque avec votre Papy Marseillais parce que là j'ai les pieds en compote, vous comprenez?

 

 

 

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28 juin 2017

Les tiques, bientôt "espèce protégée" dans les Vosges?

Viviane Demange ne décolère pas. Députée "En Marche" de la Haute-Saône (anciennement FN puis PS), et Directrice de l'Office du Tourisme du Val d'Ajol, cette fringante sexagénaire se souvient avec effroi de la scène à laquelle elle a assisté : "C'était une famille de connards, ça se voyait à leur tronche dès le départ. Leur gamin avait été mordu par une tique, et le père l'a retirée avant de la brûler avec son briquet. Une belle ordure ce gars".

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 Végane convaincue et militante L214, Viviane se bat pour faire reconnaître à cette espèce "une sensibilité similaire à celle de l'espèce humaine, du chien ou du chou romanesco". Lorsqu'on l'interroge sur ses intentions, son discours est on ne peut plus clair: "Nous avons réussi à imposer l'omerta avec le concours du Parc des Ballons et les différents Conseils Généraux concernés, afin que seule subsiste la loi du silence à des fins touristiques sur le massif des Vosges, et bien sûr, pour laisser prospérer la tique, qui demeure une espèce d'arachnides acariens très affectifs, laquelle aime particulièrement se blottir contre la peau humaine. Quoi de plus câlin?".

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"Mon but est de faire bénéficier la tique d'un statut de protection légale dans le cadre d'une nécessité de préservation du patrimoine biologique et les Vosges pourront être le pionnier massif de cette expérimentation statutaire". Lorsqu'on l'interroge sur la pandémie actuelle de la maladie de Lyme, Viviane Demange ricane séchement et rétorque: "Les patients sont avant tout des malades psychiatriques. Qu'ils prennent rendez-vous auprès du nouveau cabinet du CHRU de Nancy, ils seront reçus seulement 8 mois plus tard, on le leur expliquera."

Dont acte.

Photos libres de droit.

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25 mai 2017

Vosges: la Grande Foire Aux Tiques 2017 a commencé!

"Poussez pas, y'en aura pour tout le monde!"

C'est un véritable phénomène de mode qui s'installe actuellement sur le massif des Vosges, et qui est en passe de détrôner le fameux "handspinner"  en termes de popularité. Petit rappel sur cette borréliose, ou maladie de Lyme, que tout le monde s'arrache des 2 côtés du Rhin.

Photo Lyme

Photos wikimedia et pixabay libres de droit

La France semblait pourtant se désintéresser de la maladie de Lyme (27000 cas évoqués par an pour une maladie non encore reconnue), alors que chez ses voisins allemands, la fête battait son plein pour en faciliter le diagnostic et la prise en charge des patients (300 000 cas / an pour un total d'un à deux millions de malades). Bien sûr, l'invasion des tiques avait été plutôt bien contenue par la frontière. Sacrée frontière qui nous épargne bien des scandales sanitaires au demeurant! Dans les Vosges, on ne cache même plus sa fierté d'être malade!

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(ça ferait un bel autocollant sur toutes les voitures des malades de Lyme, ça non?)

C'est tout naturellement que les habitants français veulent également leur part du gâteau dorénavant, le succès grandissant à vitesse exponentielle. Et l'amitié franco-allemande n'étant plus à prouver, les patients français affluent par milliers vers les médecins germaniques pour célébrer avec leurs frères d'Outre-Rhin "La grande Fête Estivale de Lyme" ("Die groBe Lyme Krankheit Sommerparty").

Pour illustrer le propos, et à titre de comparaison, on ne peut être qu'attendri, voire admiratif, du silence des offices du tourisme dans le massif des Vosges (vosges.tourisme.fr par exemple) et du Parc des Ballons qui, sur leurs magnifiques sites web flambants neufs, ont décidé de ne pas couvrir le sujet par respect pour l'habitant et le touriste:

Capture d’écran (41)

 

Viviane Petitdemange, conseillère marketing et chargée de communication du déni sanitaire du département, témoigne:  "Nous avons décidé de prendre nos responsabilités dans les Vosges, c'est un geste fort à l'attention de nos amis Allemands, pour qui les parts de marché françaises en termes de soin, sont très importantes. La maladie de Lyme n'existe pas ici. Ceux qui affirment l'avoir contractée sont donc fous" affirme-t-elle en riant à gorge déployée.

 Les Allemands, quant à eux, privilégient l'information, ne serait-ce que sur le site officiel du Tourisme en Forêt-Noire où le problème est évoqué, des recommandations données et des liens partagés pour en savoir davantage.

1 article intéressant: http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20160713.OBS4613/maladie-de-lyme-ces-francais-qui-vont-se-faire-soigner-en-allemagne.html et1 vidéo: http://info.arte.tv/fr/maladie-de-lyme-crise-francaise-solution-allemande

Bonnes balades à vous!

 

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20 février 2017

Le couloir de derrière la touffe du Forlet et autres hallucinations d'origines opiacées

Je n'ai pas souvenir d'avoir eu une si belle journée d'alpinisme cet hiver. Non pas que je regrette les quelques sessions passées au Hohneck (un peu) et ailleurs (beaucoup), mais quand je serai vieux, une assiette de socca dans la main, accompagnée d'un Limoncello, et confortablement installé sur la terrasse de mon appartement en bordure de mer à Menton, je ne garderai pas un souvenir absolument impérissable de l'hiver 2016/2017 à grimper soit dans une neige infâme, soit par des températures avoisinant les -730°C en termes de ressenti. 

Mais aujourd'hui, il allait faire beau.Et on allait, avec mes compagnons de cordée du jour, découvrir un nouveau site: le cirque du Forlet, avec pour ambition de grimper tout ce qu'on pouvait grimper. Petit récapitulatif des vosginistes du jour:

- Didier est nancéien, mais c'est bien là son seul défaut. Grimpeur invétéré, c'est un rocker dans l'âme et rien que pour ça, j'adore grimper avec lui. S'il pouvait grimper en perfecto, il le ferait. Du point de vue du matériel, il n'emporte que ses 2 piolets et sa bouteille de rosé. Le reste est superflu.

Franck est professeur de SVT. Il ne grimpe pas pour progresser du point de vue technique, ni par amour pour l'élévation physique et spirituelle de l'âme, mais parce que c'est un drogué aux endomorphines. Il aime avant tout tomber, retenu par la corde. Il vous dévoilera alors son plus beau sourire, accompagné d'un "je ressens les endomorphines, c'est génial". Le reste est superflu.

- Perrine est mon amie et partenaire de cordée. Elle s'extasie devant tout, la beauté d'un site, le reflet d'un sapin dans un lac, le premier papillon du printemps, mais surtout la raideur et la difficulté d'une voie. Si j'ai bien suivi, elle grimpe 21 fois par semaine, entraînement tri-quotidien donc. Le reste est superflu.

Krampus, ça c'est moi, je ne saurais pas quoi vous dire. Ah si, j'adore courir, et j'aime beaucoup le capitaine Haddock.

haddock 

Bon, je vais vous raconter notre journée donc. Nous avions rendez-vous avec mes amis au col du Wettstein. Impossible de s'y retrouver, et pourtant c'est pas bien grand. Didier, qui avait déjà troqué sa tenue blouson noir, santiags et cran d'arrêt pour une tenue d'alpiniste m'envoie ce SMS "On est près du cimetière". Ce dont je me doutais bien, puisqu'on allait grimper. Je lui répondis donc "Oui c'est la vie". 5 minutes passent, et je comprends que son SMS n'est pas une allégorie de notre journée, mais un renseignement quant à son positionnement géographique. Nous nous retrouvons donc tous les 4, et à cet instant Franck, toujours armé de sa rigueur scientifique me fait comprendre que, eu égard aux conditions d'enneigement actuelles, il eût été préférable de nous rapprocher du lac en voiture tant que nous pouvions. Armé pour ma part de ma mauvaise foi habituelle (et secrètement désireux de marcher), je leur évoque les dangers d'une route peut-être verglacée et des beaux points de vue qu'offrirait la marche d'approche que je leur propose. Je pense pouvoir toucher la corde sensible de Perrine, mais elle non plus n'en a rien à foutre. "La majorité l'emporte" dois-je reconnaître en m'effondrant en larmes au sol (non, ça c'est pas vrai, j'ai caché mes pleurs et suis resté debout, toujours la banane, toujours vivant, rassurez-vous).

Et, donc, nous sommes arrivés au lac, assez rapidement je dois en convenir, et ce fut plaisant. Mais à titre personnel, afin d'exprimer une ultime fois cette mauvaise foi qui m'anime, ces routes qui mènent aux lacs et aux sommets, je vous les ferais bien péter moi. Et toc. Mais bon, à ce moment de la journée nous étions donc plein d'énergie et les promesses (promesses de belles ascensions pour Didier, promesses d'endomorphines pour Franck, de panoramas merveilleux pour Perrine et de grosses emmerdes à venir pour moi) se dévoilaient devant nous sous la forme d'un très joli cirque glaciaire:

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 Comme vous pouvez le constater, l'enneigement n'est pas folichon folichon. On a connu y'a pas si longtemps des mois de Juin plus enneigés dans le massif. Bref. Devant ce panorama, nous nous arrêtons quelques minutes et je demande à mon collègue de SVT quelques explications quant au retrait des glaciers dans les Vosges. Il me répond gentiment qu'il a pas que ça à foutre et qu'il est en congé. Putain, ces profs, je vous jure. Nous rencontrons alors Pierre-Marie David et son épouse avec qui nous avions prévu de nous retrouver ici. Eux allaient se balader par la suite. PMD nous renseigne par rapport à la toponymie des couloirs que nous allons remonter. Discuter avec lui est un vrai plaisir tant ses informations sont une mine d'or pour qui s'intéresse au massif. Nous nous quittons rapidement cependant, le soleil tape fort et nous avons du boulot. Didier et Franck feront cordée ensemble dans un premier couloir terminé par une arête, et nous nous retrouverons en haut:

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Photo Pierre-Marie David

Nous partons avec Perrine dans un couloir voisin. Du pied des voies, la raideur de la pente est trompeuse. La déclivité est faible et n'excède pas 30-35° sur une majeure partie de la voie, et alors que la fin paraissait simple, elle propose une sortie dans du 50-55° sur quelques mètres.  Heureusement, la neige est dure, facilitant ainsi l'arrivée au sommet. Personnellement, je jubile sur ce type de terrain, à tel point que je fais chier pendant 5 minutes Perrine pour une séance photos de sortie de voie:

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 Nous apercevons à quelques dizaines de mètres Didier et Franck. Les voir évoluer sur cette arête est de toute beauté. Didier grimpe en tête en chantant comme un dératé "Arête sommitale, tu perds ton sang-froid, des années de sévice!". Franck le rejoint quelques minutes plus tard. Perrine le regarde à mes côtés et me dit: "Là, Franck, il doit être heureux":

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Je demande à Franck parvenu au sommet ce qu'il pense de l'arête qu'il a remontée, et il me répond: "Les endorphines, ou endomorphines, sont libérées par le cerveau, et plus précisément par l'hypothalamus et l'hypophyse dans les situations de stress, qu'il soit psychologique ou physique, mais de façon plus significative pendant et après la pratique du sport. Cette morphine endogène (produite par l'organisme) possède une structure moléculaire proche de celle des opiacées. Elle est l'hormone du bonheur" Bon ben d'accord alors, on va faire comme ça. Par la suite, il ne sera plus possible de parler à Franck sans se taper un cours de médecine, même quand je lui ai demandé l'heure.

Nos 2 cordées rejoignent le couloir Reif assez rapidement, et dans lequel nous descendons après un court rappel, jusqu'à mi-pente afin de trouver THE PLACE TO BE pour le déjeuner. Perrine, sort de son sac à dos 4L un sandwich plus gros qu'une voiture, Didier une bouteille de rosé de Bandol, Franck -passé végétarien lui aussi- ouvre sa boîte d'houmous littéralement avec une pointe de ses crampons encore aux pieds. Ah non, mais il est perché très très haut là le Franck. Après cette pause, Didier aperçoit un couloir qu'il veut remonter avec Franck. Je ne le vois pas. Il m'explique: "Là, derrière la touffe, on devine un couloir". Complètement hébété et probablement l'air ahuri, je me demande à ce moment précis si je suis pas en train de grimper avec une bande de drogués.

Perrine et moi partons de notre côté prospecter au pied des barres rocheuses jusqu'au Taubenklangfelsen, le "rocher du cri du pigeon". Las Vegas Parano, les amis. La neige commence a être de plus en plus rare au fil de notre avancée vers le Nord et nous souhaitons remonter avec Perrine un couloir exposé Nord sous le rocher sus-cité, à l'enneigement acceptable donc. L'accès au couloir est vraiment laborieux par ces conditions, et Perrine n'était probablement plus loin de m'appeler "Archibald Haddock" tant mon vocabulaire de jurons semblait sans limite. Mais. Parce qu'il y a un "mais". Quand nous sommes arrivés dans ce couloir, à la neige tout à fait correcte, c'était une autre histoire, et je pensais alors au cours magistral de 55 minutes que m'avait sorti Franck à la sortie de son arête:

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 Le couloir est court, mais le plaisir de la neige, conjugué à une pente de sortie avoisinant les 50° est irremplaçable. Nous croisons quelques randonneurs qui pensent être victimes d'hallucinations, mais nous les rassurons en affirmant que les toxicomanes ici, c'est nous, ok? Les voilà rassurés. Pas le temps de patienter que Didier, hurlant à tue-tête "Highway to Vosges" et Franck, aussi radieux que Gilbert Montagné revenu pour un rappel devant une foule en délire, viennent à notre rencontre. Très synchro cette sortie, y'a pas à dire. Nous leur parlons du joli couloir. Ils y effectuent un rappel et le remontent. Installés au soleil, Perrine et moi faisons sécher nos crampons, la corde, partons acheter un cornet de pop-corns XL une paire de lunettes 3D et c'est parti:

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 Une fois la séance de "Vertical Limit" terminée, la fin de journée approchant, et Franck n'étant plus en mesure d'adopter un comportement rationnel, nous partîmes le coeur léger via Soultzeren Eck pour une descente classique au lac des Truites avant de rejoindre nos véhicules:

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Et si Franck avait bien quelques méconnaissables denrées alimentaires en poche en guise d'apéro et qui semblaient dater d'une époque où les Humains chassaient le mammouth et arboraient un os en travers du nez, c'est bien vers les bières millésimées de Didier que nous nous sommes tournés pour conclure cette journée radieuse. Mens sana in corpore sano, pour sûr.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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