Voilà plus d'un an qu'avec Perrine nous souhaitions faire la Directe à l'Epaule Nord du Hohneck. On regardait cette voie, sur place ou face à l'ordi, en nous disant qu'il y avait moyen de bien se faire plaisir. Mais les choix d'itinéraires, en fonction des conditions ou de nos disponibilités communes, ne nous avaient pas permis de la réaliser jusqu'à ce jour. Marcos "Injunjoe", rencontré la semaine précédente, allait se joindre à nous. Le but était simple, avec Perrine nous avions déjà trouvé un bel itinéraire l'an dernier sur cette épaule, il nous fallait une directe depuis sa base. L'itinéraire réalisé (ce tracé a été effectué sur une ancienne photo, toutes les suivantes datent d'aujourd'hui):

DSC07416

 Le rendez-vous est donné à 8h30 au Pied du Hohneck "équipés et prêts à partir" parce qu'on a tous connu des compagnons de cordée qui viennent plus ou moins à l'heure, veulent aller boire le café, discuter avec le patron, griller une clope, pisser un coup sur la congère... Y'a des gens qui sont morts de froid comme ça en les attendant au parking.

Perrine est fidèle à elle-même, elle se sent même suréquipée avec 1 piolet et un bout de ficelle, Marcos et moi sommes en revanche équipés pour la Face Nord du Cervin, qui peut le plus peut le moins après tout. Ce dernier me demande si, en tant que Mentonnais, je ne suis pas gêné de ne pas avoir pu faire la grasse matinée ce matin avant la session alpi. Je lui explique alors le proverbe du Sud "Qui loupe la grasse matinée, fera la sieste un tantinet".

Bon bref, comme d'habitude on est partis en direction du Falimont et comme d'habitude c'était super moche, pas assez de béton, la mer de nuages qui gâche la vue etc etc:

IMG_0862.JPG

DSC07491-PANO

Il est à peine 8h30 passées, mais le soleil est levé depuis longtemps, je ne m'attendais pas à ce que la descente du Falimont se fasse sur une neige qui bottait déjà pas mal. Quelques skieurs descendent le Falimont depuis le col ou depuis le Premier à Gauche essentiellement, mais nous poursuivons notre descente imperturbablement. J'ai l'exact tracé en tête de la voie que nous allons faire et c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous rejoignons facilement le pied de la voie. Les premières pentes sont aisées, mon baudrier pèse 75kgs, mes compagnons de cordée rigolent "ah lala, Krampus il place un point tous les 2 mètres!!" Je leur réponds illico que ça coûte rien, à peine un peu de temps, mais en vérité (chut c'est un secret) c'était un moyen de déposer toute ma ferraille en chemin comme ça Marcos récupérait tout le matériel en bout de corde , c'est toujours ça de moins à porter. Et vas-y que je te mets des sangles, des friends, des coinceurs, des hexcentrics... "arrête Krampus, c'est pire qu'une Via Ferrata pour nous!". M'en fous, j'suis déjà plus léger. N'empêche que j'ai toujours pas foutu une broche et j'en ai 3, ça pèse ces machins.

Alors pour la description de l'itinéraire on vous la donnera une autre fois, mais en gros à chaque bifurcation, faut aller là où c'est plus raide à condition que ça aille en ligne droite vers le sommet de l'Epaule Nord:

IMG_0864.JPG

 

Ce qui est assez excitant quand on fait un nouvel itinéraire, c'est de ne pas savoir ce qu'il y a derrière, surtout quand arrivent les difficultés. "Bon ben quand j'arriverai là-haut, j'espère que j'aurai pas à redescendre sapristi". Du coup, je mets des points partout. N'empêche que j'ai toujours pas foutu une broche et j'en ai donc encore 3, ça pèse ces machins, en plus la progression est malcommode aujourd'hui, ça fait pas crouik crouik sous les crampons, on  brasse dans une neige sèche... Bon,  j'ai le choix entre une pente devant moi et une goulotte à droite. Va pour la goulotte alors:

DSC07499.JPG

 

IMG_0885.JPG

 Nous arrivons alors à une sorte d'immense terrasse peu pentue à mi-parcours de l'épaule, baignée de soleil. J'ai largué la moitié de ma quincaillerie, Marcos ne râle pas c'est bon signe. N'empêche que j'ai toujours pas foutu une broche et j'en ai donc encore et toujours 3, ça pèse ces machins:

IMG_0883.JPG

Nous reprenons notre itinéraire et prospectons pour les visites futures, les appareils photos chauffent. Nous restons à proximité immédiate de la Directe que nous voulions faire mais en prenant soigneusement quelques variantes toutes proches qui permettent de corser un peu le niveau. Il doit être 10h, j'observe pour la seconde fois un effondrement de corniche secteur Haut-de-Falimont qui termine sa course dans le couloir des Vikings (couloir Sud du Haut de Falimont)...:

IMG_0892.JPG

IMG_0900.JPG

 

Quelques dizaines de minutes plus tard, après un dernier passage mixte totalement contournable mais qu'il eût été totalement criminel de contourner, nous parvenons sur les pentes finales. Derrière nous, en versant Sud, j'aperçois le couloir remonté avec Anne Claire il y a un mois littéralement se purger jusqu'à la terre, c'est tout le couloir qui dégueule. Tiens, cette vision me fait penser qu'en cette fin d'hiver, j'ai quand même un paquet de gosses dans mon entourage qui ont la gastro ou la grippe en ce moment. Bon, bref. Mon baudrier est super léger, mais j'ai pas foutu une fichue broche. Ca va pas du tout ça. Et on arrive à la fin, merde quoi:

DSC07510.JPG

 

Et là miracle, je vous le jure, le dernier rocher. Planté au milieu de la sortie comme un vigile. Plein de glace sur le côté. A 30cm du sommet. Le truc totalement inutile. Je broche. Perrine rigole, elle est au milieu de la corde; Marcos beaucoup moins il s'est transformé au fil de l'ascension en camion ambulant "Brico Dépôt":

DSC07508.JPG

 

Parvenus au sommet (enfin façon de parler), nous observons tout autour de nous... le coeur léger, les hanches aussi pour ma part. Ca manque vraiment de béton et de ferraille, mais c'est pas vilain quand même...

DSC07513.JPG

DSC07517.JPG

DSC07519.JPG

 

Je demande alors à mes compagnons comment on va appeler cet itinéraire. Ni une ni deux, ils me répondent en choeur "La voie de la broche!" . Bah voilà, elle a pas servi à rien cette broche.