Je sais, mes billets sont de pire en pire chaque année, inutile de m'en faire la remarque. A ce rythme-là, je fais précéder en 2020 mon blog d'une petite fenêtre "Confirmez-vous avoir plus de 18 ans?". Bonne lecture et bonne saison de hohneckisme à tous.

9h du matin, parking du Pied du Hohneck, j'ai la tête dans le cul. Toujours les mêmes gestes depuis 10 ans, quitter la voiture surchauffée, s'équiper derrière le véhicule à la merci du vent et des morsures du froid. Une  bonne petite onglée pour commencer la journée, suivie d'une rupture des ligaments croisés quand tu enfiles les crampons et une bonne petite lésion au ménisque pour mettre ces putains de guêtres. Y'a des fois, en vosginisme, t'es à peine équipé que t'as déjà envie de t'écrouler derrière ta voiture et te laisser mourir. Entretemps, Perrine arrive toute guillerette, avec seulement 10 minutes d'avance (donc en retard) et est prête en 2 minutes montre en main. Je la soupçonne de conduire avec le baudrier et les crampons aux pieds, c'est pas possible autrement.

Nous arrivons au Falimont, je suis déjà crevé, mais en fait je le suis depuis le réveil. Il y a déjà du monde, des skieurs, on en croise qui remontent le col, d'autres qui longent la crête et nous saluent. Nous ne verrons aucune cordée de toute la matinée. La visibilité est assez bonne, j'avais quelque appréhension par rapport aux conditions. Elles sont simplement excellentes et le seront en tous secteurs. 

La Martinswand sur notre gauche:

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Nous descendons le Falimont avec Perrine dans une neige absolument idéale, genre une neige dure mais pas trop, juste ce qu'il faut pour rendre la progression agréable, en plus d'être aisée. Perrine me raconte ses aventures à skis, moi ça risque pas, je préfère lui parler de ma nouvelle guitare. Nous décidons alors de nous rendre sur l'épaule Nord du Hohneck, qui regroupe les voies d'ascension mixtes parmi les plus longues du secteur et qui part du Frankenthal afin d'alterner les passages rocheux et en neige. Perrine grimpera en tête sur le rocher (je déteste l'escalade, une horreur ce sport) et moi sur la neige, comme ça tout le monde est content. Le souci avec Perrine, c'est qu'elle se rend pas compte -aveuglée par son enthousiasme et son entraînement de malade - qu'elle a sur rocher un boulet en guise de second et que les passages où elle va jubiler, moi je vais enchaîner les "Je te salue Marie" avec mon chapelet innocemment enroulé autour de mon poignet. Je vous fais pas un dessin, j'en ai chié, mais avec mon plus beau sourire de façade en arrivant au relais:

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Et c'est là que ça a commencé à merder. Dans le silence assourdissant du versant Nord, Perrine me balance, comme ça, gratuitement, sans prévenir, un "J'entends des voix"... Je relève pas trop, je regarde devant moi. Un énorme amas rocheux bien raide auquel on avait pas encore rendu visite à ce jour. Je repense à ce que vient de me dire Perrine et réponds "J'entends pas d'autre cordée, pour être honnête".

Le rocher en face est impressionnant. Deux choix s'offrent à nous, soit on contourne par la gauche, soit on contourne par la droite. Perrine me redit d'un ton neutre à vous glacer le sang, genre la petite fille dans L'exorciste "J'entends des voix, je te dis". 

Comme si je tremblais pas assez comme ça, je lui demande si, elle aussi, à force de voir la Vie en Vosges, elle se transformerait pas en Jeanne D'Arc (tout est vrai dans ce récit, j'invente RIEN, promis hein). Et là, elle me balance un scud, en tout cas c'est l'effet que ça m'a fait: "On va grimper ce rocher et on va l'appeler la voie de la Pucelle du coup". Je rigole une demi-seconde, serre fort mon chapelet, verse une larme du côté du profil où elle ne me voit pas, étouffe un sanglot. Et je sais pas pourquoi ça m'est venu comme ça, mais je regarde le rocher et lui dis "il a l'air d'un gros cul ton rocher, je sais pas si ça se grimpe". Va dire ça à Perrine, tout se grimpe... (et merde...). Ce qui est marrant, c'est que pour accéder, il faut pénétrer dans une petite goulotte étroite en son centre. Comme si ça ne me suffisait pas d'avoir la tête dans mon propre cul ce matin, il fallait donc que je jette un oeil dans celui d'une Pucelle. Fait chier. 

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Arrivés dans le fond du Cul de la Pucelle (c'est comme ça qu'on va appeler le relais au pied des rochers), Perrine me fait remarquer que les arbustes sont beaucoup plus rares -pour poser des points - dans l'amas rocheux rocheux qui nous attend. Comme j'ai perdu tout espoir, ne serait-ce que de survivre aux 30 prochaines minutes, je lui balance un laconique "Vu où nous sommes, c'est bien normal qu'il y ait du gaz et que la pilosité soit raréfiée". Peut-être pour ça aussi que j'ai du mal à respirer correctement mais Perrine s'en fout, elle est heureuse, et part dans une voie typiquement perrinesque, j'ai juste loooonnnguement serré les fesses, les miennes pour le coup. Ca a grimpé, puis on est parti sur la droite dans une traversée "expo" que Perrine qualifierait plutôt de "rigolote".

Nous retrouvons un couloir de neige, j'en profite pour remercier St Antoine d'avoir retrouvé le cours de ma vie normale. Plutôt que de terminer la voie par une pente de neige, nous partons sur la droite vers un petit rocher que nous avions beaucoup aimé grimper il y a 3 ans à l'issue de la Voie de la Broche , juste pour finir l'ascension de cette très belle épaule Nord:

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Au final, cette ascension a été une des plus intéressantes et variées que nous ayons faites avec Perrine, et cette Epaule Nord apporte vraiment un bonus de dénivelé bienvenu à des ascensions en versant Nord souvent brèves. Nous n'avions plus qu'à retourner au Pied du Hohneck pour aller boire une bière bien méritée. Cul-sec évidemment.

Quant à ceux qui veulent savoir comment on peut envoyer des cordées dans le cul de la Pucelle, avant de vous faire un topo un peu plus professionnel que ce présent billet de blog -je vous tiendrai au courant - , je vous laisse une photo de l'itinéraire, en attendant bon hiver et bonnes grimpes à tous!

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