Perrine: "Krampus, on est au mois de Décembre, les conditions sont tip-top, faut aller grimper demain pour finaliser notre projet" /  Krampus: "Ecoute, là j'ai pas envie, je vais jouer de la guitare demain, un bon gros blues, j'ai pas la tête à autre chose, désolé"

Perrine: "Krampus, c'est les vacances là, bouge ton cul, on a des itinéraires à finir" / Krampus: "Mmm, oui mais non, pas la motivation. Je vais écouter du blues demain. Fred Mc Dowell tu connais?" (elle a raccroché)

Perrine: "Krampus, on est fin Janvier, ça urge"./ Krampus (devenu pilier de bar entretemps): "Baah euh, tu vois, j'ai envie de regarder la pluie demain en écoutant un vieux blues avec un Jack Daniel's à portée de main " / Perrine: "Non, non, tu vas t'aérer la tête et m'accompagner. Je viens te chercher"

Du coup voilà, j'étais tranquille; j'étais peinard, accoudé au flipper, Perrine est entrée dans le bar, a commandé des olives noires (c'est pour changer de rime), elle s'est approchée de moi et m'a regardé comme ça: "Viens faire un tour dans l'Ammelthal, je vais te faire faire des voies rigolotes, à grands coups de piolets." Bon, ben, en fait j'ai accepté, je lui ai dit: "OK pour m'asseoir 5 minutes avec toi sur une corniche et regarder la neige tant qu''y en a".  Bref, vous connaissez la suite.

Le lendemain matin, 9h, Pied du Hohneck. Perrine me demande quel matériel j'ai pris. Je lui réponds: "Un ARVA et mon bonnet AC/DC" " Ah, ben c'est bien ça, t'as tout ce qu'il faut alors". Après on s'est demandé si on allait prendre nos raquettes. On se demande tout le temps s'il faut prendre les raquettes. C'est insupportable les raquettes, au mieux t'en as certes besoin, mais après ça pèse un âne mort sur ton sac, comme si t'en avais pas assez avec le baudrier surchargé de quincaillerie, la corde qui pèse plus que mon ampli guitare encore. C'est donc aussi inutile que de faire de l'alpi, guitare électrique en bandoulière. Encore que dans ce cas, t'as quand même l'air moins con qu'avec des raquettes. Et va remonter un couloir avec tout ça sur le dos, sans déconner, prochaine fois que je fais un couloir j'appelle les déménageurs bretons, marre des conneries. Finalement on opte pour prendre les raquettes. Evidemment elles nous ont servi à que dalle: dès la première pente de l'Ammelthal qu'il a fallu descendre, je sais pas pourquoi, j'ai subitement pensé à Michel Berger qu'est mort raquette en main, et je me suis dit que j'aurais l'air d'un vrai couillon à mourir raquettes aux pieds. Du coup, on les cache dans le couloir en priant St Antoine pour que personne ne les trouve et ait l'idée d'appeler les secours (ou pire, de nous les piquer). Alors donc du coup, on a descendu l'Ammelthal qu'on a sillonné de long en large, en profondeur dans les trous de neige, en longeant les Spitzkoepfe main gauche. Bon, on a trouvé des trucs super sympas un peu plus loin, genre ce joli couloir qu'on a remonté:

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 Si vous me demandez comme ça de but en blanc où il est ce couloir, je saurais pas vous le dire, d'ailleurs à force de tourner je sais même pas où on était, mais bon, en plus de mon ARVA et de mon bonnet, en fait j'avais ma montre GPS, faudra que je regarde la sortie histoire d'expliquer correctement. C'est là qu'on a rencontré le Seigneur des Lieux (salut à toi si tu nous lis!). J'étais justement en train de me dire que ce secteur était tellement paumé que j'en ferais pas ma promenade dominicale quand ce dernier nous a révélé venir tous les Dimanche ici. Et en plus (j'ai rien dit, je voulais juste échapper au star system en plus!) il nous a reconnus "Eh mais vous êtes pas le mec et la fille du blog tout le temps ensemble et qui grimpent partout en hiver?". Bah tiens, c'est le mari de Perrine qui va être content de lire ça (Seb, mes amitiés les plus loyales). Bref on s'est quittés et on a poursuivi dans le couloir sus-cité.

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 Parvenus au sommet du couloir, sur un promontoire prometteur, Perrine me propose de nous arrêter en attendant que la vue se dégage pour prendre des photos.

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S'il avait fallu attendre une éclaircie, on y serait encore et certainement jusqu'en 2430, et probablement aurais-je crevé sur place, étouffé par les glaçons dans ma barbe. Pour ceux qui suivent le blog de loin, sachez que le temps est pourri dans les Vosges (parole de Mentonnais), mais alors pourri de chez pourri, et que tous les Vosgiens sortent de facto au moindre rayon de soleil furtif pour prendre des photos et les mettre fissa sur les réseaux sociaux, accompagnées de légendes genre "Il est pas beau mon massif?" "C'est tous les jours les vacances ici!", ou pire encore, accompagnées du hashtag #jevoislavieenvosges . 

Bref, on s'est cassés parce que mon futal d'alpi n'étant plus de toute première jeunesse côté imperméabilité, je commençais à avoir le cul trempé et gelé, ce qui ne m'a pas empêché pour autant de savourer le moment "Ah, on est pas bien là?" "Oui, on est bien là" "C'est vrai qu'on est bien là" On est vraiment bien". Bizarrement (ou pas, c'est pas le problème, c'est juste par rapport à nos attentes), c'est après le couloir que la pente de prime abord débonnaire est devenue plus raide. La neige, moins porteuse que le matin laissait entrevoir de grandes "crevasses" assez impressionnantes aux ruptures de pentes. Puis le vent cinglant nous a littéralement rappelé à l'ordre, nous savions alors que nous étions tout près de la sortie. Les corniches aux abords du sentier étaient surplombantes et monstrueuses. Rarement vu des corniches aussi grosses au dessus de l'Ammelthal. Nous avons alors choisi une belle pente surmontée d'une corniche amicale, un cornichon quoi, pour assurer à tour de rôle notre sortie.

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 Le Pied du Hohneck n'était alors plus bien loin pour nous réhydrater correctement d'une bonne Contrex bien vosgienne #jevoislavieenvosges #solidecommelesapinfortcommelamirabelle, et ce avant de replonger une fois de plus dans la grisaille humide gérômoise (c'est mon blog, j'écris c'que j'veux)

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