Premier billet de cet hiver 2017/2018 suite à notre première sortie avec Perrine. On a placé la barre très haut niveau connerie. Très très haut.

Quand j'étais gamin, je me souviens de nuits entières, où caché sous ma couette, avec une lampe torche que je scotchais sur mon front pour en faire une frontale et je lisais alors les récits de Messner, Kammerlander, Bonatti, tous ces grands alpinistes qui avaient réalisé de magnifiques ascensions hivernales sur les plus beaux et hauts sommets du monde.

Mais aucun de ces clowns n'avait fait Sérichamp en hiver. Tu m'étonnes Elton.

Bon, trêve de conneries, Sérichamp, c'est certes un sommet mais surtout une chaume. Un chaumet si vous préférez.Y'a rien à faire là-haut. Du point de vue alpin je veux dire. En été, si je devais résumer Sérichamp avec une image, ce serait une glacière bleue Campingaz. En hiver, une paire de skis de fond. Vous pouvez prendre des vieilles lattes pourries, c'est plat en haut et pour descendre c'est tout plat aussi. Y'a 2/3 montées aussi dans le secteur, mais elles sont plates comme un oeuf (au plat).

Et aujourd'hui, avec Perrine, nous étions à 9h sur un parking à proximité du Valtin pour affronter la Bête. Baudriers, piolets, ARVA, pelle, râteau, seau, sonde, broches, machard, crampons, 50m de corde, bref aussi achalandés que la quincaillerie de la Vologne à Gérardmer.

C'était joli comme cadre en fait:

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La tête enfoncée dans mon bonnet AC/DC qu'un élève m'a offert l'an dernier (merci Louis!), j'entends un grondement manifestement issu des pentes Nord. Un grondement bref, lourd, rauque. Je m'arrête. Probablement une avalanche. Putain, une avalanche quoi. Je regarde au loin, le regard ténébreux en essayant de dire un truc mystérieux et intelligent à la fois. Perrine me regarde un peu gênée et me demande "Quelque chose ne va pas?" Je lui réponds le ton grave, et du coup sans utiliser un foutu verbe pour dramatiser davantage encore "Ce bruit...au loin... une avalanche...prudence..." avec la même austérité qu'un fichu sorcier vaudou. Elle me répond, quelque peu surprise par la tension qui se lisait sur mon visage, que c'était son ventre qui gargouillait. Meeeerde, la hooonnntteee. J'essaie de rester digne et balance un bobard pour commencer "Naaan Perrine, y'avait autre chose c'est sûr" suivi d'un "allez viens on se casse c'est peut-être dangereux ici".

Bon bref, on a avancé, et on s'est raconté nos vies. Et on répétait surtout tous les 10 mètres qu'on était bien contents d'avoir laissé les raquettes dans le coffre de la voiture parce qu'il n'y a pas tant de neige que ça. "On a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, non?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre, il n'y a pas tant de neige que ça". 2 minutes plus tard: "Bordel, il est lourd mon sac, t'imagines si on avait pris nos raquettes?" "Oui, on a bien fait de laisser les raquettes dans le coffre" etc etc...

Et à un moment ça a commencé à merder. Perrine m'a demandé où il était ce maudit couloir du Fond de Xéfosse que j'avais repéré cet été et pour lequel elle avait fait 1h de route et là 1h30 de marche. Vu que l'enneigement était déjà plus important, j'ai pensé lui répondre qu'avec les raquettes on aurait peut-être avancé plus vite, mais j'ai préféré fermer ma gueule en définitive. J'ai indiqué avec mon bras une direction avec une approximation que l'on peut estimer à 120°. Sauf que ça commençait à être raide, avec un pierrier en dessous et des branches qui s'accrochent aux sangles d'un sac à dos bien lourd (aïe! ouille!merde! f'chier!"). J'ai balancé tous les jurons que le capitaine Haddock m'avait appris en 15'.

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Et la pente, déjà verticale, se redressait encore (pour atteindre un modeste 35° à la noix). Non, en fait j'en sais rien, mais y'avait un passage à franchir. Alors, j'ai voulu le franchir, mais je n'y arrivais pas, ça glissait à mort. Sous la neige, une dalle bien lisse. Rien pour mettre mes mains. Bon, c'était pas expo, à un moment, faut s'élancer et zzzipppp je glisse. J'ai une branche super confortable qui retient miraculeusement mon pied. Nickkeeelll!! Perrine me dit: "C'est bon, je peux enlever ma main de sous ton pied?" Ah ben, je t'en prie, fais! J'explique à Perrine que je vais faire un détour, parce que se prendre une boîte à Sérichamp alors que j'ai dans mon sac à dos ma corde, mes crampons, mon piolet et tout le bordel, c'est juste la honte d'une vie. Je lui dis "T'imagines les gros titres demain: 2 alpinistes bloqués à Sérichamp". Nan, nan, j'assume pas ça moi. Bref petit détour pour moi. Du coin de l'oeil je regarde Perrine qui franchit le passage en 12 secondes grand max montre en main. Du coup, on poursuit notre ascension, Perrine devant dans un pierrier enneigé et moi dans un couloir où je n'ai cessé de râler parce que j'avais beau avoir toute une quicaillerie dans le sac, j'aurais surtout eu besoin de palmes, d'un masque et d'un tuba tellement je brassais:

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A bout de souffle, nous parvenons au pied d'un imposant rocher de 10 mètres. Bon, ben y'avait des pentes débonnaires à gauche, à droite, mais Perrine a voulu aller toucher du rocher. J'ai commencé à vouloir dire un truc, mais elle m'a regardé sévèrement index levé, alors j'ai rien dit, avant de prononcer 2 secondes plus tard "Mais quelle bonne idée Perrine!!" avec un air de faux-cul magistral:

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Bon, comme on était en bas, il a fallu aller en haut, c'est le principe de l'alpinisme. Perrine, elle grimpe toujours en mode cool, limite hippie. Je lui demande pourquoi elle prend qu'un piolet, elle me répond avec sa candeur habituelle "Pourquoi? il en faut 2?" . A un moment, elle (j'le jure) a même dit "C'est raide quand même". Ah bon, sans déconner?

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Et donc, du coup, banco, on est arrivés à proximité du col du Sifflet. Petite balade en mode repérage de rochers et là, comment dire, ça fait des heures que je me les caille, que j'ai l'onglée aux mains, aux pieds, aux dents, aux coudes, à tout ce que tu veux (-13°C ce matin pour info) et je lui propose qu'on rentre après cette fabuleuse ascension de la North Face of Sérichoomp. Du coup, au col, on repère le couloir hyper blindé de neige que je cherchais. Délicat d'y accéder sur les premiers mètres, Perrine m'indique un becquet où m'accrocher. Il a l'air solide, je descends, becquet bien empoigné, lequel s'arrache sans prévenir et je me l'envoie tout seul direct dans la tronche et glisse sur le haut du couloir (le boulet, j'te jure...). Une branche super confortable me retient miraculeusement le sac à dos jusqu'à ce que Perrine me dise "C'est bon, je peux enlever ma main de ton sac à dos?". Grand moment de solitude. "Oh mais tu saignes, zut" ajoute-t-elle. Comme la douleur est anesthésiée par les -350° (en terme de ressenti), le premier truc qui me vient à l'esprit (véridique) "cool, ça plaît aux femmes les cicatrices". Irrécupérable. Comme j'étais déjà sur le cul et que le couloir était blindé, on a lugé sur le derrière emportant toute la neige avec nous sur au moins 100m, Perrine m'a même dit qu'elle emmènerait bien ses gosses faire de la luge ici. Ah mais voilà une riche idée, prochaine fois on emmène les gosses alors!