Lorsque je suis rentré hier soir d'un court séjour dans le Valais, après avoir réalisé avec Perrine l'ascension de la Pointe de Mourti (3563m), mes enfants m'ont demandé pourquoi je pratiquais l'alpinisme. Hésitant entre une réponse complète en 2 heures dont ils n'avaient rien à cirer et sa version abrégée de 3 secondes, j'optai pour cette dernière : "Ben, j'aime ce sport, voilà tout"... Ma fille me répondit alors "C'est un peu comme une partie de tennis alors?" . "Voilà, c'est ça les enfants, aujourd'hui c'était un peu comme une partie de tennis, mais avec quelques différences notoires que je vais vous expliquer".

La première différence, c'est que tu n'as pas d'adversaires. Ou alors, ton adversaire c'est toi-même, il faut juste maîtriser ses peurs parfois. C'est loin d'être toujours agréable, mais toujours bénéfique. Par contre, tu es rarement seul. Là par exemple, je suis parti grimper avec Perrine. Perrine, tu la connais, c'est la seule fille capable de regarder ton pantalon d'alpi et de dire "on dirait un pyjama" ou de regarder une Face Nord longuement, tel un curé scrutant son calice,  avant d'affirmer d'un ton sec et solennel:  "A mon avis, elle pue du cul cette face Nord". Bref, c'est Perrine:

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La deuxième différence, c'est que tu es obligé de te lever très tôt, très très tôt si tu veux profiter d'un glacier en bonnes conditions, surtout au retour. Donc, tu te lèves à 3h. Ca tombe bien, parce que toute l'année on se lève tôt, autant bien enfoncer le clou pendant les vacances quoi. En plus, c'est génial parce que généralement dans ces cas, dans la tente tu cailles, tu somnoles à peine, et tu te lèves déjà crevé. On est finalement partis à 4h, et passés au refuge à 5h30... A peine quelques lumières allumées, ça dormait encore dans les dortoirs semblait-il, alors on s'est posés 10' sur la terrasse le temps de grignoter un morceau, de regarder le panorama sans mot dire, et on est repartis pour s'approcher des sommets:

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Ensuite, on a continué à marcher pendant une heure et on a rejoint le glacier. Il faisait froid. Tu vois, l'alpi c'est comme une partie de tennis, mais tu la joues dans le froid. Et puis pendant que tu t'équipes, en plein 15 juillet, tu te chopes une bonne onglée genre qui fait bien mal. Bref, c'est comme une partie de tennis, mais il fait froid et c'est parfois douloureux de se saisir de la raquette quand tu commences la partie:

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Après l'autre différence, c'est que le glacier, c'est comme un court de tennis, mais avec des gros trous très profonds qui peuvent t'avaler si tu es imprudent. Il faut donc s'encorder. Tu mets un casque aussi, parce qu'au retour du sommet, il arrive que des spectateurs envoient plein de cailloux depuis les tribunes:

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Ensuite, il arrive que tu doives grimper, c'est quand même un peu le but. La règle du jeu en alpinisme c'est "tu montes en haut, et tu redescends en bas surtout". "Tu préfères pas rester en bas peinard, Papa?" Si, ça m'arrive souvent, et je m'en veux toujours. "Ah?". Par contre, là aussi, il faut savoir rester très humble, tu choisis pas un itinéraire pour te mettre au taquet, faut pas faire de fautes. Au tennis, la balle elle est dehors, bon ben elle est dehors, point suivant et on n'en parle plus. En alpi, faut pas faire d'erreurs, parce que tu peux très bien te retrouver 100, 200, 500m plus bas. Donc tu avances lentement, tu fais gaffe à chacun de tes gestes de grimpe, à ta corde et à ton compagnon pour arriver au sommet:

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"Et après?" Et bien, après tu traînes pas trop non plus et tu redescends. Des fois même, tu quittes à peine le glacier en estimant qu'il commence à être bien traître à cet horaire - alors qu'il est à peine 11h30 - et tu croises des cordées qui en sont à peine à l'aller. Mais en alpinisme, chacun est libre, même de s'entêter dans l'erreur, il faut pourtant rester lucide et mettre l'ego de côté. Auquel cas, tu peux sereinement contempler des paysages merveilleux, dont tu rêves habituellement depuis la maison:

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"Et tu préfères pas jouer au tennis?" Non, je préfère pas jouer au tennis les enfants,et je vous emmènerai bientôt en haut si ça vous dit. Mais demain, on pourra se faire une bonne partie de pétanque avec votre Papy Marseillais parce que là j'ai les pieds en compote, vous comprenez?