Carnaval au Dagobert
Potron-minet, le réveil sonne, j'avais prévu le marteau. Paf le maudit réveil. Il fait nuit. Il faut quand même être barge pour se passionner pour un sport dont la pratique nécessite de se lever encore plus tôt qu'en semaine pour aller au taf... Rendez-vous a été donné à Anne-Claire, nous nous retrouvons les premiers au petit matin au Pied du Hohneck, -4°C, un peu de vent. Ca caille. "Une petite onglée?" "Ah oui, volontiers ça me manquait ça, parce qu'en ce moment c'est chiant, il fait beau et chaud" "Je comprends". Un jour je me mettrai à la pétanque ou au Beach-Volley avec coup d'envoi à 14h, mais là, pour l'instant mon coeur est toujours à l'alpi et au Hohneck et c'est avec bonheur que je retrouve le Falimont, tout nu comme un ver ou presque dirait-on, sans son manteau neigeux. Excitant, non?
Le vent est bien frais, on le respire à plein poumons, heureux comme Ulysse pouvait l'être. Je regrette déjà d'avoir pulvérisé mon réveil-matin, ça valait le coup, j'en suis certain. Descente dans un Falimont en excellentes conditions (2 alpinistes encordés dans le Y), les crampons mordent avec délice et nous nous retrouvons rapidement à l'Etang Noir et jetons un coup d'oeil en arrière sur ce cirque si beau en chaque circonstance qu'il en ferait monter les larmes aux yeux, mais ce doit être le vent:
Parvenus à la ferme-auberge, Anne-Claire en profite pour réaliser quelques premières: première traversée de ponton en bois déneigé en crampons, première traversée de sous-bois en crampons, première traversée de pelouse en crampons... magistral. 2 randonneurs nous observent, probablement ont-ils pris peur en nous voyant équipés pour le Cervin sans une plaque de neige autour de nous. Ce doit être le carnaval au Frankenthal. Ca tombe bien, je connais une bande de clowns qui rêverait de monter un chapiteau dans ce cirque. Anne-Claire, bien équipée, manque juste la neige à ce moment:
Nos crampons retrouvent enfin la neige et il est temps pour nous de sortir les piochons quand nous voyons devant nous se dresser le couloir du Petit Dagobert:
Le couloir est en conditions fantastiques, et c'est un bonheur de le remonter dans une pente qui commence dans les 30/35° au départ:
Puis elle se redresse pour notre plus grand plaisir:
Les piolets ancrent parfaitement dans cette neige croustillante, dure mais pas trop, la corde est inutile (mais dans le sac) et chaque coup de crampon est un petit plaisir comparable au café du matin jusqu'à la sortie du couloir dans un bon 45°:
Vous noterez que j'ai pris un gros risque pour sortir une aussi chouette photo. Dans les Vosges, on fait pas semblant hein :) Petit tour du propriétaire pour Anne-Claire qui découvre l'appétissante vue des Spitzkoepfe:
Pourtant aguerrie aux courses alpines, Anne-Claire m'avouera que cette sortie l'a réconciliée avec les courses de neige. C'est le plus beau compliment que je pouvais entendre, et il a eu lieu dans les Vosges.
PS: Le couloir du Petit Dago (à l'aplomb du sommet) vu en fin de journée depuis la route de la Schlucht:























