Merveilleux Sancy!
J'étais quand même très partagé. D'un côté, j'étais tranquillement affalé sur le canapé à digérer difficilement les escargots à l'ail de ma belle-mère au fin fond du fin fond du bout du Cher (Préveranges, vous connaissez? Non, c'est normal), et d'un autre côté, les mots du grand alpiniste Eric "Gruyère" H. de Belfort résonnaient encore en moi, lorsqu'il m'indiqua, trémolos dans la voix et index levé: "Prends gââârde petit Krampus, j'ai connu à trois reprises des conditions abominables en alpinisme: dans les Cairngorms d'Ecosse, en Patagonie et ... au Sancy".
Le choix était fait, après avoir goûté aux joies de l'alpinisme et du vosginisme cette année, il me fallait connaître le Sancynisme (?). Après une petite virée sur camptocamp.org, j'allais donc faire cordée avec Vincent de Clermont-Ferrand pour réaliser la Traversée hivernale du Sancy par l'arête du Redon. Rendez-vous est donné au parking de la station où nous arrivons aussi ponctuels que des Gardes Suisses. Après quelques minutes de marche, nous découvrons le magnifique Val de Courre, telles des Alpes miniatures, mais notre enthousiasme, lui, est loin d'être miniature devant une telle beauté:
(Nota Bene: les photos floues, mal cadrées et sous-exposées sont de moi, les autres signées Vincent)
Chaussage de crampons immédiat. Je n'avais jamais connu une telle neige dans les Vosges: tout est verglacé. On me l'avait annoncé, dans le Sancy, on ne doit pas oublier les crampons. Effectivement:
Après une discussion fort intéressante sur les étranges raisons pour lesquelles la pratique de l'alpinisme est interdite dans le Sancy (oui, je sais, on n'était pas en train de cueillir des champignons, mais que voulez-vous, la montagne n'est pas qu'un sport, mais une passion, et rien ne saura faire taire sa pratique respectueuse), nous attaquons la montée nous permettant de rejoindre la somptueuse arête du Puy Redon (visible sur les 2 photos ci-dessus):
L'arête est alors rapidement atteinte, mais nous savourons pleinement chacun des moments, tant il est plaisant de retrouver ces sensations de plénitude dans un cadre aussi beau, sous un ciel bleu et sans un brin de vent ("Eh Gruyère, t'es sûr que tu parlais du Sancy quand tu évoquais la purée de pois et le froid mordant??). Le cheminement est évident, nous devons suivre l'arête jusqu'au sommet du Puy Redon:
Je ne connais pas (encore) particulièrement les arêtes en alpinisme, mais force est d'avouer que le plaisir de marcher en plein ciel ou presque est grand. Nous décidons, malgré le matériel dans notre sac, d'évoluer sans corde, l'assurage étant difficile et le terrain facile (la course est côtée peu difficile). Cependant, il nous a fallu être très vigilants dans la partie raide de l'arête, entièrement verglacée et parfois un peu exposée (l'antécime ci-dessous). Glissade interdite:
Vincent sur l'antécime du Redon:
Nous croisons 2 autres cordées, et après quelques mots échangés, repartons à l'assaut des pentes finales du Redon qui, à vue de nez de clown, flirtent avec le 40° avec neige bien béton par moments:
L'hélico du PGM nous a pas mal tourné autour et je me demandais alors si c'était pour filmer notre performance ou si j'allais terminer menottes aux poings au commissariat de la Bourboule. Vincent en a surtout profité pour prendre une chouette photo avec un alpiniste sur une arête sud:
Le Val de Courre, l'arête et le Val d'Enfer derrière nous:
La vue sur la vallée de la Fontaine Salée, le Cantal au loin et sur le sommet du Sancy est saisissante:
Nous en avons alors terminé des difficultés et pouvons rejoindre tranquillement le sommet du Puy de Sancy, on a même eu droit à des cordes fixes mais j'avais pas de jumar pour le coup:
Les summiters:
Et comme la montagne c'est comme les bus, quand t'y es monté, faut bien en descendre (Oscar d'office de la blague la plus pourrie de mon blog), ben on est redescendu, non sans avoir salué nos chers amis skieurs transalpins du sommet ("ciao tutti, basta cosi, ma qué bella pizza"), qui l'espace de quelques minutes m'ont rappelé le Mercantour:
La fin était pas mal non plus, puisque nous avons pu profiter d'une excellente pause casse-croûte avec vue sur la belle vallée de Chaudefour:
Il était temps pour nous de redescendre à la station, et là, vraiment c'était poilant, puisque crampons aux pieds nous avons traversé à plusieurs reprises les pistes de ski, en speedant un max entre 2 skieurs afin de pas mourir embrochés par des spatules (je voyais déjà la Une du canard local du lendemain "Un alpiniste empalé par un skieur au Mont-Dore"). Et même que, et même que, et même que, pour la première fois de ma vie, j'ai descendu une rouge, et ouais... Ben quoi, j'étais à crampons qu'est-ce que ça change, j'ai descendu une rouge oui ou non?
Et c'est sur cette piste que j'ai tourné la tête pour jeter un oeil une dernière fois à l'arête du Redon, en ayant la certitude d'avoir eu un vrai coup de foudre pour ce petit massif:
Un grand merci à Vincent pour avoir partagé avec moi son enthousiasme pour le Sancy, quand tu veux on refait cordée (j'ai promis à ma belle-mère de repasser la voir très très vite).
Merci à Eric également, ton récit au couloir du Val d'Enfer m'a aussi donné envie d'y aller: http://www.camptocamp.org/outings/94819/fr/puy-de-sancy-couloir-du-val-d-enfer
On y retourne?





































